Après quatre mois d'une grève nationale ayant paralysé les tribunaux, l'Association du barreau marocain (ABAM) a acté la reprise des activités judiciaires à compter du 7 octobre. Cette décision, prise le 20 septembre à Rabat, marque une pause dans le mouvement de contestation contre la réforme de la profession, tout en laissant planer une incertitude durable sur l'application de la loi n° 66.23.
Un retour au travail dicté par l'urgence judiciaire
La suspension du mouvement social répond à une nécessité opérationnelle : l'accumulation massive de dossiers en instance durant les mois d'août et de septembre. En reprenant les audiences, les avocats cherchent à limiter les retards accumulés dans les juridictions du pays. Ce choix stratégique vise également à instaurer une période d'observation vis-à-vis du nouveau gouvernement, offrant un espace de dialogue après des mois de blocage institutionnel.
Le maintien des griefs contre la loi n° 66.23
Malgré la reprise du service, le fond du conflit reste entier. Les avocats continuent de contester la réforme adoptée en août dernier, qu'ils perçoivent comme une atteinte directe à l'indépendance de leur profession. L'ABAM dénonce non seulement le contenu des dispositions législatives, mais aussi la méthode employée pour leur élaboration. Les consultations menées par le précédent gouvernement n'ont pas permis d'aboutir à un consensus, les professionnels jugeant les modifications apportées insuffisantes pour garantir leurs prérogatives.
Une mobilisation en suspens plutôt qu'une résolution
La fin de la grève ne signifie pas pour autant un abandon des revendications. L'Association du barreau marocain a clairement signifié que ses réserves sur la loi n° 66.23 demeurent intactes. En choisissant de reprendre leurs activités, les avocats déplacent le terrain de la contestation : ils attendent désormais que le nouveau pouvoir exécutif examine sérieusement les points de blocage persistants. L'évolution de ce dossier reste un point à suivre, car l'équilibre entre les exigences de la réforme gouvernementale et les garanties d'indépendance réclamées par le barreau demeure un enjeu central pour le fonctionnement de la justice marocaine.