Une enquête approfondie des services de l'État sénégalais met en lumière des irrégularités financières majeures impliquant le banquier Moustapha Sow et sa société, SF Capital. Entre 2017 et 2023, l'intermédiaire aurait perçu 117 milliards de FCFA de commissions sur des transactions publiques, tout en contournant les obligations légales de rapatriement de capitaux.
Un système d'intermédiation financière opaque
Les investigations révèlent que SF Capital a négocié près de 4 585 milliards de FCFA pour le compte d'entités publiques sénégalaises. Si les dirigeants ont reconnu avoir perçu une commission de 2,5 %, soit 117 milliards de FCFA, la réalité comptable déclarée au Sénégal est bien différente. Les bilans officiels des sociétés locales ne font état que de 3,7 milliards de FCFA sur la même période. Ce décalage massif souligne l'existence d'un circuit financier parallèle destiné à dissimuler les revenus réels de l'activité.
Le recours aux paradis fiscaux pour contourner la loi
Pour percevoir ces fonds, Moustapha Sow a privilégié des entités domiciliées à l'île Maurice et aux Seychelles, telles que SF Capital LTD et KAL Services LTD. Cette stratégie a permis d'éluder la réglementation des changes en vigueur dans la zone UEMOA, qui impose le rapatriement des revenus générés sur le territoire national. L'enquête pointe ainsi une infraction caractérisée de défaut de rapatriement de capitaux, alors que moins de 10 % des fonds auraient été intégrés dans les livres comptables des structures sénégalaises.
Un patrimoine immobilier et une fuite à l'étranger
Ces flux financiers ont permis au banquier de constituer un patrimoine immobilier conséquent, incluant des biens de prestige à Dakar, Mermoz, aux Almadies et à Saly, ainsi que des terrains à Louly. La découverte de ce système, initialement amorcée lors de recherches sur le financement du Programme spécial de désenclavement (PSD), a conduit à des perquisitions dans les bureaux de SF Capital aux Almadies. Face à l'avancée des investigations, Moustapha Sow a quitté le Sénégal, laissant ses collaborateurs et conseils juridiques répondre seuls aux autorités judiciaires sur les documents saisis.