Il y a 68 ans, le 28 septembre 1958, la Guinée marquait un tournant historique en rejetant massivement le projet de « Communauté » franco-africaine proposé par le général de Gaulle. Ce vote, qui a conduit à la proclamation de l'indépendance le 2 octobre 1958, demeure un symbole fort de la quête de souveraineté sur le continent.
Le face-à-face de Conakry
En août 1958, le général de Gaulle entame une tournée africaine pour promouvoir son projet constitutionnel, visant à intégrer les territoires coloniaux dans une Communauté où la France conserverait la main sur les secteurs régaliens. À Conakry, le maire et leader politique Ahmed Sékou Touré, alors âgé de 36 ans, oppose une fin de non-recevoir au chef du gouvernement français. Sa déclaration, « nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », cristallise alors les aspirations panafricanistes et anti-colonialistes de l'époque.
Un référendum sans appel
Le 28 septembre 1958, le verdict des urnes est sans équivoque : 95,2 % des électeurs guinéens votent « non » au projet gaullien, se distinguant ainsi de la quasi-totalité des autres territoires africains qui plébiscitent le « oui ». Ce résultat provoque une rupture immédiate et brutale. Vexé par ce désaveu, le général de Gaulle ordonne le retrait immédiat de l'administration, du personnel technique et des forces armées françaises, marquant la fin de toute coopération bilatérale dès le lendemain du scrutin.
Conséquences et héritage politique
La proclamation de l'indépendance, quelques jours après le vote, place la Guinée dans une situation de vulnérabilité économique et diplomatique. Le jeune État doit alors se tourner vers de nouveaux partenaires, notamment le Ghana de Kwame Nkrumah et le bloc soviétique, pour pallier le départ précipité de la France. Si cet acte de rupture a durablement marqué l'identité nationale guinéenne, l'exercice du pouvoir par Sékou Touré, qui restera à la tête du pays jusqu'en 1984, est aujourd'hui analysé avec nuance, son héritage politique étant indissociable d'une gestion autoritaire du pays.