Le succès des systèmes agroalimentaires africains ne peut plus se limiter à des indicateurs de production, mais doit désormais être évalué par le revenu généré pour les exploitants. Si un rapport récent de l'AGRA souligne des avancées structurelles majeures sur les vingt dernières années, il alerte sur l'insuffisance de ces acquis pour garantir une prospérité durable aux acteurs du secteur.
Vingt ans de structuration des filières
Le paysage agricole africain a radicalement changé depuis 2006. La capacité de sélection variétale, autrefois exsangue, s'est revitalisée avec l'émergence de centaines d'entreprises semencières nationales. L'usage des engrais a plus que doublé, passant de 8 kg à près de 22 kg par hectare, tandis que la proximité des intrants s'est améliorée, réduisant les distances d'accès pour les agriculteurs. Parallèlement, le secteur a vu le déploiement de services numériques touchant plus de 33 millions d'exploitants, marquant une transition vers des pratiques plus résilientes et climato-intelligentes.
L'essor des marchés et du commerce intra-africain
Au-delà de la production, la transformation s'est opérée dans la chaîne de valeur. Les petites et moyennes entreprises (PME) assurent désormais le mouvement de 65 % de la nourriture consommée sur le continent. Le commerce intra-africain des produits agroalimentaires a connu une progression spectaculaire, passant de 5,4 milliards de dollars il y a vingt ans à environ 17 milliards aujourd'hui, soutenu par la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Le secteur, autrefois jugé « non bancable », attire désormais des capitaux privés, du capital-risque et des mécanismes de finance mixte, avec plus de 1,8 milliard de dollars investis dans les technologies agricoles depuis 2013.
Le défi de la transformation économique réelle
Malgré ces fondations solides, le rapport souligne un décalage persistant : les rendements n'atteignent pas les niveaux requis et les revenus des agriculteurs restent inférieurs aux moyennes mondiales. Les objectifs fixés pour 2035, notamment ceux de la Déclaration de Kampala et du programme CAADP 3.0, ne seront pas atteints par la simple poursuite des politiques actuelles. L'institution insiste sur la nécessité d'un agenda intégré et d'une exécution soutenue pour passer de la simple amélioration technique à une véritable transformation économique où les agriculteurs, et l'ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, peuvent enfin prospérer.