Le projet de construction de l'autoroute côtière reliant Lagos à Calabar, porté par l'administration du président Bola Ahmed Tinubu, dépasse le cadre d'un simple aménagement routier. Il s'inscrit dans une relecture de la trajectoire nationale, connectant l'actuelle capitale économique à Calabar, cité historique ayant joué un rôle central dans la formation administrative du Nigeria.
Un héritage administratif et colonial
L'histoire administrative du Nigeria moderne trouve ses racines dans la dualité entre Lagos et Calabar. Avant la proclamation de l'unification des protectorats par Lord Frederick Lugard en 1914, Calabar servait de centre névralgique pour le protectorat du Sud et le protectorat des Oil Rivers. Le transfert du siège administratif vers Lagos, en 1914, a marqué un tournant dans la centralisation du pouvoir. En reliant ces deux points, le projet autoroutier résonne comme une reconnaissance symbolique de l'importance historique de Calabar, longtemps restée en marge des grands projets ferroviaires coloniaux qui ont privilégié d'autres axes du pays.
Calabar, un pôle historique majeur
Bien avant l'ère coloniale, Calabar s'était imposé comme un port de commerce international stratégique, notamment pour l'exportation d'huile de palme. La ville a également été le théâtre de périodes sombres, devenant un point de transit majeur durant la traite transatlantique des esclaves entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Au-delà de son passé commercial, la cité a été le berceau de nombreuses premières nationales : elle a accueilli le premier journal anglophone de l'Est du Nigeria, la première prison de haute sécurité en 1890, ainsi que la première caserne militaire du pays en 1903.
Une dimension symbolique et sportive
La portée historique de Calabar s'étend également au domaine socioculturel. La ville est reconnue comme le lieu où s'est déroulé le premier match de football organisé au Nigeria, le 15 juin 1904, opposant des étudiants de la Hope Waddell Training Institution à des marins britanniques. Cette richesse patrimoniale, couplée à une architecture historique préservée, confère à la ville une place singulière dans la mémoire collective nigériane. Si le projet ferroviaire Lagos-Calabar, initié en 2014, n'a jamais abouti, la construction actuelle de l'autoroute côtière est perçue par certains observateurs comme une forme de rééquilibrage territorial, visant à intégrer davantage cette cité historique dans les dynamiques économiques contemporaines du pays.