L'Assemblée nationale du Sénégal a voté à l'unanimité la création d'une commission d'enquête parlementaire dédiée au programme « Un étudiant, un ordinateur ». Cette initiative, portée par le groupe PASTEF, vise à faire la lumière sur la gestion financière et opérationnelle de ce dispositif qui a mobilisé environ 48 milliards de FCFA depuis son lancement en 2017.
Une gestion financière sous haute surveillance
La commission d'enquête, composée de 11 députés, devra examiner les flux financiers ayant alimenté huit éditions du programme, avec un budget annuel moyen estimé à 6 milliards de FCFA. Les parlementaires se concentreront sur plusieurs irrégularités présumées, notamment l'existence de 13 comptes bancaires liés au dispositif, alors que seuls trois étaient officiellement répertoriés. L'usage d'un fonds de garantie de 2 milliards de FCFA, logé auprès d'ECOBANK, ainsi que le solde résiduel de 864,8 millions de FCFA, figurent parmi les points critiques de l'investigation.
Des zones d'ombre dans les marchés publics
Au-delà des comptes, la procédure parlementaire s'intéressera aux conditions d'attribution des marchés. Des soupçons d'absence d'appels d'offres pour des contrats dépassant les seuils légaux ont été soulevés. Le dossier inclut également des contentieux opérationnels coûteux pour les finances publiques, tels que le versement de 1,446 milliard de FCFA à un intermédiaire pour la fourniture de 7 055 ordinateurs à l'Université numérique Cheikh Hamidou Kane, une opération ayant engendré un surcoût estimé à 1,25 milliard de FCFA pour l'État.
Responsabilités et logistique défaillante
La commission devra également établir les responsabilités liées à la gestion du matériel. Le constat de 800 ordinateurs défectueux stockés à l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) sans avoir été distribués aux bénéficiaires constitue un volet majeur de l'enquête. Ce dispositif, placé sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, a été dirigé jusqu'en septembre 2025 par le Dr Abdourahmane Diouf, dont le nom est désormais cité dans le cadre de ces investigations parlementaires visant à clarifier l'exécution du programme sur les sept dernières années.