L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté à l’unanimité une résolution créant une commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des licences de pêche industrielle, un sujet qui cristallise les tensions entre acteurs économiques et communautés locales.
Une enquête à l’unanimité pour éclairer les zones d’ombre
Portée par le groupe parlementaire PASTEF Les Patriotes et signée par son président Mohamed Ayib Salim Daffé, cette commission d’enquête vise à examiner les conditions d’octroi et de renouvellement des licences de pêche depuis l’adoption du Code de la pêche maritime en 2015. Les députés ont ciblé plusieurs anomalies présumées, notamment des déclarations de jauge brute suspectes pour certains navires, l’utilisation de certificats de navigabilité ou d’assurance expirés, ainsi que le recouvrement d’arriérés d’amendes.
Transparence et respect des procédures sous le microscope
La commission devra vérifier si les avis scientifiques ont été systématiquement sollicités avant les décisions d’attribution, et si la Commission consultative d’attribution des licences de pêche a été consultée conformément à la réglementation. Les obligations fiscales des entreprises bénéficiaires et la rigueur des contrôles administratifs feront également l’objet d’un examen approfondi. Un autre volet clé concerne la publication de la liste des navires autorisés à pêcher dans les eaux sénégalaises, une question devenue sensible face à la raréfaction de certaines espèces.
Tensions entre pêche artisanale et industrielle : un contexte explosif
Ces auditions interviennent dans un contexte de fortes tensions entre pêcheurs artisanaux et opérateurs industriels, alimentées par la baisse des stocks de poissons comme le thiof, la courbine, le poulpe ou les crevettes côtières. En mai 2026, la Coalition nationale pour une pêche durable avait réclamé le retrait de nouvelles licences dans la pêche démersale côtière et le maintien du gel des licences en vigueur depuis 2006. La ministre Fatou Diouf avait alors indiqué que seulement deux licences avaient été signées depuis 2024, sur quatre demandes, une mesure qui n’a pas suffi à apaiser les critiques.
Une commission pluraliste pour un bilan complet
Composée de onze députés issus de tous les groupes politiques, la commission pourra auditionner les ministères concernés, les directions techniques du secteur, des opérateurs privés et des coopératives. Son objectif : établir un bilan transparent des pratiques d’attribution et proposer des pistes pour concilier développement économique et préservation des ressources halieutiques, un enjeu crucial pour le Sénégal.