Les entreprises d’Asie centrale et du Caucase (CAC) intègrent l’intelligence artificielle à un rythme deux fois plus élevé que la moyenne mondiale, selon KPMG. Pourtant, cette avancée fulgurante s’accompagne d’un paradoxe : seulement un tiers des acteurs régionaux disposent d’une stratégie IA formalisée, révélant des faiblesses structurelles dans la gouvernance et l’évaluation des projets.
Une adoption accélérée, mais des définitions floues
Plus de la moitié (53 %) des entreprises interrogées dans la région déclarent avoir déployé l’IA à l’échelle industrielle, contre 24 % au niveau mondial. Cependant, Konstantin Aushev, responsable Technologie chez KPMG pour la CAC, tempère ces chiffres : certains répondants pourraient avoir inclus des cas d’usage fragmentés, comme des chatbots, dans leurs réponses. Malgré cette réserve, des projets d’envergure illustrent cette dynamique, à l’image de Kazakhtelecom, qui utilise l’IA dans ses services clients, ses ressources humaines et sa sécurité depuis 2025.
L’expérimentation comme moteur, mais sans cadre global
L’adoption rapide s’explique par une culture de l’expérimentation proactive : 44 % des entreprises de la région lancent des pilotes, contre 21 % ailleurs. Des plateformes comme FAIR (BTS) ou les outils de vibecoding permettent aux employés non techniques de créer des agents IA en quelques clics. Pourtant, cette agilité cache un manque de rigueur : seulement 34 % des entreprises disposent d’une stratégie IA alignée sur leurs objectifs business, contre 76 % dans le reste du monde. Kazakhtelecom, par exemple, teste désormais des solutions avec des critères de qualité plus stricts avant leur généralisation.
Gouvernance et ROI : les angles morts de l’IA régionale
Le rapport révèle un déséquilibre criant : 25 % des entreprises de la CAC ont une gouvernance IA transversale, contre 69 % ailleurs. Pire, moins d’un quart mesurent clairement le retour sur investissement de leurs projets. Rustem Uvaliyev (BTS) met en garde contre l’enthousiasme non maîtrisé : « L’IA n’est pas une solution universelle, et beaucoup d’entreprises sous-estiment les coûts de mise à l’échelle. » Pourtant, les pouvoirs publics kazakhs commencent à encadrer le secteur, signe d’une prise de conscience tardive mais nécessaire.
Infrastructure solide, mais besoin de maturité stratégique
La région bénéficie d’une pénétration numérique élevée, facilitant l’intégration de l’IA. Cependant, Aushev souligne que cette avance technologique ne suffit pas : « Les entreprises ont besoin de politiques claires et de mécanismes de gouvernance pour éviter que l’IA ne devienne un simple effet de mode. » Le paradoxe est là : une adoption record, mais une vision encore trop dispersée pour en garantir la durabilité.