Le Kremlin a sommé Erevan de définir rapidement sa trajectoire diplomatique et économique, plaçant l'Arménie face à un dilemme entre son intégration à l'Union économique eurasiatique (UEE) et ses aspirations européennes. Cette exigence de Vladimir Poutine fait écho aux tensions diplomatiques qui avaient précédé la crise ukrainienne de 2013, soulevant des inquiétudes sur la stabilité régionale.
L'incompatibilité des blocs selon Moscou
Pour le président russe, le rapprochement de l'Arménie avec Bruxelles est structurellement incompatible avec ses engagements au sein de l'Union économique eurasiatique. Vladimir Poutine a explicitement souligné que l'adhésion à l'UE créerait des difficultés insurmontables pour le maintien du statut actuel de l'Arménie au sein de l'organisation dirigée par Moscou. Cette position, déjà exprimée en avril dernier, s'est traduite par des gestes diplomatiques forts, notamment le rappel de l'ambassadeur russe à Erevan en mai, en réaction aux mesures prises par le gouvernement arménien.
La stratégie de Nikol Pachinian
Face à ces injonctions, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian maintient une ligne de crête. S'il confirme la volonté de son gouvernement de préparer une demande d'adhésion à l'Union européenne, il rejette toute idée de rupture immédiate avec l'UEE. Pour le dirigeant arménien, il est prématuré de parler de sortie de l'organisation économique régionale. Il estime par ailleurs que la législation adoptée l'an dernier sur la candidature européenne rend superflu l'organisation d'un nouveau référendum national sur la question.
Le spectre du précédent ukrainien
La situation actuelle rappelle inévitablement les événements de 2013 en Ukraine, lorsque Moscou avait exercé des pressions économiques intenses pour empêcher la signature d'un accord d'association avec l'UE. À l'époque, la Russie avait menacé Kiev de mesures de protection commerciale et renforcé les contrôles douaniers pour dissuader le gouvernement de Viktor Ianoukovytch. La suspension finale des préparatifs par Kiev avait alors déclenché les manifestations de l'Euromaïdan. Si le contexte arménien diffère par la volonté affichée de Pachinian de ne pas rompre brutalement avec l'UEE, la question de la capacité d'Erevan à naviguer entre ces deux ensembles économiques rivaux demeure un enjeu majeur pour sa souveraineté et sa stabilité future.