L'état-major tchadien a officiellement dénoncé une incursion aérienne des forces armées soudanaises sur son territoire, survenue le 20 août dernier. Cette opération, impliquant des drones et des avions de combat, a visé des colonnes de véhicules circulant dans la province de l'Ennedi-Est, marquant une escalade inédite aux confins des frontières tchadienne, soudanaise et libyenne.
Une opération aérienne en profondeur
Les faits se sont déroulés dans le département de Mourdi, où des appareils soudanais ont poursuivi et bombardé des colonnes de véhicules sur une distance d'environ cent kilomètres à l'intérieur du sol tchadien. Les cibles, composées de plus d'une dizaine de véhicules, ont été frappées alors qu'elles se repliaient vers le plateau désertique d'Erdi Ma. Bien que l'incursion ait été d'une ampleur significative, les autorités tchadiennes n'ont rapporté aucune victime humaine côté tchadien à la suite de ces frappes.
Le spectre du mercenariat régional
Si l'identité précise des occupants des véhicules n'a pas été confirmée par l'état-major, le chercheur Remadji Hoinathy souligne la complexité sécuritaire de cette zone frontalière. Ce secteur est régulièrement décrit comme un point de passage pour des groupes armés impliqués dans l'orpaillage clandestin ou liés à des factions libyennes, notamment celles proches de Saddam Haftar. L'hypothèse privilégiée par les observateurs est celle de combattants, d'origines diverses, cherchant à rejoindre le Soudan pour prêter main-forte aux Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemedti.
Un défi pour la neutralité tchadienne
Cette intervention militaire soudanaise en territoire tchadien est qualifiée d'inédite par les experts. Au-delà de l'aspect sécuritaire immédiat, cet événement place Ndjamena face à un dilemme diplomatique et stratégique majeur. Il ravive les interrogations sur le positionnement du Tchad dans le conflit soudanais, alors que les frontières poreuses de la région deviennent le théâtre d'opérations militaires étrangères de plus en plus audacieuses. La capacité du Tchad à sécuriser ses zones frontalières face à ces mouvements de mercenariat et aux incursions aériennes constitue désormais un point de vigilance critique pour la stabilité de la sous-région.