L'idée que les tribunaux nigérians outrepassent leurs fonctions en tranchant des litiges électoraux est une critique récurrente, souvent portée par des figures politiques de premier plan. Pourtant, une analyse historique démontre que l'arbitrage judiciaire est une constante du paysage démocratique nigérian depuis la fin des années 1970.
Une tradition judiciaire depuis 1979
Contrairement aux idées reçues, le recours à la justice pour valider des résultats électoraux n'est pas un phénomène récent. Dès la Deuxième République en 1979, la victoire du président Shehu Shagari a été confirmée par la Cour suprême après une contestation juridique complexe sur le calcul des suffrages. Cette tendance s'est poursuivie à travers les décennies, incluant les scrutins de 1999, 2003, 2007 et 2011, où des candidats, dont l'ancien président Muhammadu Buhari, ont systématiquement exercé leur droit constitutionnel de contester les résultats devant les instances judiciaires.
Le déficit de culture démocratique
Le cœur du problème ne réside pas dans l'intervention des juges, mais dans l'absence chronique d'esprit sportif chez les acteurs politiques nigérians. La difficulté à accepter la défaite, couplée à une méfiance systématique envers les commissions électorales successives, pousse les candidats à privilégier la voie judiciaire. Si des figures comme Goodluck Jonathan, en concédant sa défaite en 2015, ont marqué l'histoire par leur sens de l'État, ces exemples restent trop rares. Cette incapacité à admettre une défaite claire, même lorsque l'écart de voix est significatif, fragilise durablement la stabilité institutionnelle.
La responsabilité des élites et des juristes
Les avocats jouent un rôle ambigu dans ce processus : bien que le recours au droit soit un levier démocratique, la multiplication de requêtes sans fondement, motivées par des intérêts financiers ou partisans, alimente les tensions. Dans un pays marqué par des lignes de fracture ethniques et religieuses, ces contestations systématiques servent souvent de catalyseurs à des crises politiques plus larges. Pour les observateurs, la priorité pour 2027 et au-delà est de restaurer la confiance dans le processus électoral par une conduite plus responsable des candidats.
Un appel à la stabilité nationale
La pérennité de la démocratie nigériane dépend de la capacité des leaders politiques à privilégier l'intérêt collectif sur les ambitions personnelles. Alors que la jeunesse nigériane s'illustre brillamment dans les secteurs de la technologie, de la musique et du cinéma, offrant une image positive du pays à l'international, la classe politique se doit d'être à la hauteur de ces aspirations. La stabilité du pays, condition sine qua non de son développement économique, repose sur une acceptation apaisée des verdicts des urnes et une fin des discours alarmistes qui menacent la cohésion sociale.