L'Arabie saoudite passe des fatwas anti-mangas à un empire Dragon Ball : le pari risqué d'un virage culturel et économique

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 34 lectures
L'Arabie saoudite passe des fatwas anti-mangas à un empire Dragon Ball : le pari risqué d'un virage culturel et économique
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En moins de vingt ans, l'Arabie saoudite est passée d'une hostilité farouche envers les mangas à leur promotion active, au point de s'imposer comme un acteur clé de leur diffusion mondiale. Une volte-face symbolisée par l'annonce récente d'un parc d'attractions dédié à *Dragon Ball Z* en France, un projet pharaonique de six milliards d'euros. Mais derrière cette stratégie se cachent des défis majeurs, entre négociations complexes avec les ayants droit japonais et enjeux de diversification économique.

De la fatwa de 2001 à la Saudi Vision 2030 : un changement de paradigme radical

En mars 2001, les plus hautes autorités religieuses saoudiennes publient une fatwa condamnant *Pokémon*, accusant les cartes à collectionner de promouvoir le hasard, des symboles maçonniques et même la théorie de l'évolution. Cette interdiction, réitérée en 2016 lors du lancement de *Pokémon GO*, illustre l'opposition historique du wahhabisme aux divertissements jugés contraires à l'islam. Pourtant, depuis 2016, le royaume a opéré un virage à 180 degrés, porté par la *Saudi Vision 2030* de Mohammed ben Salmane (MBS). L'objectif ? Réduire la dépendance au pétrole en développant les industries créatives, le tourisme et le divertissement, secteurs où le Japon excelle avec ses mangas, animés et jeux vidéo.

Qiddiya et Paris : deux parcs, un même pari sur l'économie créative

Le projet le plus ambitieux reste le parc *Dragon Ball Z* prévu à Qiddiya, ville nouvelle dédiée aux loisirs en Arabie saoudite. Avec un investissement de six milliards d'euros, il s'agit du premier parc mondial dédié à cette franchise. Mais c'est en France, près de Paris, qu'un second projet similaire a été annoncé lors de la visite officielle de MBS en août 2024. Emmanuel Macron, lui-même passionné de mangas, a salué cette initiative comme un symbole de coopération économique. Pourtant, les obstacles s'accumulent : les négociations pour obtenir les licences des personnages, protégées par un droit d'auteur japonais extrêmement strict, pourraient prendre des années. La mort d'Akira Toriyama en 2024 complexifie encore les choses, les droits étant répartis entre plusieurs entités (Toei Animation, Shueisha, Bird Studio, Bandai Namco).

Un marché en pleine expansion, mais des défis juridiques et culturels

L'Arabie saoudite mise sur les mangas pour séduire les jeunes générations, tant au niveau national qu'international. Le Japon, leader mondial du secteur, représente une manne économique : les licences comme *Dragon Ball*, *One Piece* ou *Naruto* sont peu coûteuses à acquérir mais génèrent des revenus colossaux. La France, deuxième marché mondial du manga après le Japon, est une cible stratégique. Avec la *Japan Expo* et une consommation massive de BD japonaises (50 % des ventes en France), le pays offre un terreau fertile. Cependant, la concurrence est rude : Universal prépare l'ouverture d'un parc à Londres, tandis que des attractions comme *Naruto* à Spirou (Avignon) prouvent déjà l'attrait du public européen.

Produire ses propres mangas : l'ambition saoudienne à long terme

Au-delà des investissements dans les licences existantes, Riyad veut développer une industrie locale. *Manga Productions*, société d'État financée par MBS, travaille sur des projets d'animation, de jeux vidéo et de comics à thèmes arabes. L'objectif est clair : créer des personnages et des récits adaptés aux valeurs saoudiennes, tout en exportant cette culture. Cette stratégie s'inscrit dans une logique de *soft power*, où le divertissement devient un outil de rayonnement. Mais le succès dépendra de la capacité à concilier innovation et respect des codes japonais, tout en évitant les écueils d'une approche purement commerciale.

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