L'ancien chef d'état-major de l'armée nigériane, le lieutenant-général à la retraite Tukur Buratai, a réaffirmé que la force militaire, bien qu'essentielle, ne peut suffire à endiguer durablement le terrorisme. Lors de la présentation d'un ouvrage dédié aux stratégies de contre-terrorisme, il a plaidé pour une approche holistique s'attaquant aux racines socio-économiques du conflit.
La gouvernance comme rempart contre l'insécurité
Selon Tukur Buratai, l'usage des armes ne constitue qu'un bouclier temporaire. Si les opérations militaires permettent de dégrader les capacités des groupes armés, elles ne peuvent se substituer à une gouvernance efficace. L'ancien responsable souligne que la pauvreté, le chômage et l'ignorance créent un terreau fertile pour le recrutement terroriste. Il préconise une action publique vigoureuse, notamment dans le Nord du Nigeria, pour traiter des problématiques structurelles telles que le système éducatif des Almajiris et le chômage des jeunes, tout en veillant à ce que ces programmes ne soient pas détournés par les élites.
Le rôle pivot des communautés locales
La réussite des opérations de sécurité repose, selon l'ex-général, sur une collaboration étroite avec les populations civiles. Le renseignement humain, indispensable à l'efficacité des forces de l'ordre, ne peut être obtenu sans une confiance mutuelle entre les citoyens et les agences de sécurité. Buratai met en garde contre les violations des droits humains commises par les forces de défense, qui, en plus d'être condamnables, servent d'outils de propagande pour les groupes terroristes cherchant à aliéner les communautés locales.
Vers une spécialisation des forces de sécurité
L'ancien chef d'état-major appelle à une clarification des rôles au sein de l'appareil sécuritaire nigérian. Il estime que la police doit renforcer ses capacités de contre-terrorisme pour décharger l'armée de missions qui relèvent traditionnellement des autorités civiles. Cette surcharge des forces armées, déployées sur des tâches de maintien de l'ordre ou de gestion sociale, empêche une réponse ciblée et pérenne. Il insiste également sur la nécessité d'une coopération régionale accrue, citant son expérience au sein de la Force multinationale mixte, pour contrer des organisations dont les activités ignorent les frontières nationales.
Justice et réintégration
Concernant la gestion des anciens combattants, Tukur Buratai soutient les programmes de déradicalisation, à condition qu'ils soient transparents et rigoureusement encadrés. Il insiste sur le fait que ces initiatives ne doivent en aucun cas occulter la justice due aux victimes. La réintégration doit être ancrée dans les communautés locales, qui doivent obtenir l'assurance que les processus de réhabilitation ne sont pas synonymes d'impunité pour les auteurs de violences.