Réunis à Ouagadougou, les représentants diplomatiques des huit pays membres de l'Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l'Ouest et du Centre (AB.AOC) ont acté une nouvelle stratégie de plaidoyer. L'objectif est de transformer cette technologie de valorisation de la biomasse en un pilier économique et environnemental majeur pour la sous-région d'ici 2030.
Une ambition chiffrée pour la transition énergétique
Le plan stratégique 2026-2030 de l'Alliance affiche des objectifs ambitieux : passer de 24 740 installations actuelles à 74 000 biodigesteurs à l'horizon 2030. Cette montée en puissance vise une production énergétique de 1,51 TWh et l'économie de 1,35 million de tonnes de biomasse traditionnelle. Au-delà de l'énergie, le projet mise sur la production de 888 300 tonnes de biofertilisants pour soutenir l'agriculture locale, tout en évitant l'émission de 1,32 million de tonnes d'équivalent CO2.
Le Burkina Faso, modèle régional de déploiement
Avec 17 000 installations déjà opérationnelles, le Burkina Faso s'impose comme le leader de cette dynamique régionale. Ce succès repose sur une volonté politique marquée, incluant des mécanismes de subvention pour les ménages. Lors de la rencontre, les diplomates ont souligné l'importance de cette expérience burkinabè, qui sert désormais de référence pour structurer les filières dans les pays voisins, notamment en Côte d'Ivoire, où le secteur est en phase de structuration.
La diplomatie comme levier de financement
Pour assurer la pérennité de la filière, l'AB.AOC entend mobiliser ses ambassadeurs comme relais auprès des gouvernements et des institutions internationales. Le ministre guinéen de l'Environnement, Fassou Théa, a insisté sur la nécessité de construire un véritable secteur économique. Cette approche diplomatique doit permettre de pallier la fin de certains programmes d'appui internationaux, comme ceux soutenus par les Pays-Bas, qui ont déjà investi plus de 80 millions d'euros dans la région. Une feuille de route diplomatique annuelle sera mise en place pour coordonner ces actions de plaidoyer.
Vers une implication accrue du secteur privé
La réussite du passage à l'échelle dépendra également de l'appropriation nationale et de la vitalité des entreprises locales. Les partenaires, dont la Chine, ont réaffirmé leur intérêt pour le partage d'expertise technique et la formation. L'enjeu est désormais de créer un écosystème où l'innovation locale et l'engagement des acteurs privés permettront de répondre durablement aux besoins des 444 000 personnes ciblées par le programme, tout en améliorant les conditions de santé des femmes et des enfants grâce à la réduction des fumées de cuisson.