L'Allemagne en retard sur ses réserves de gaz : un hiver rigoureux pourrait plonger l'industrie dans la crise

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 61 lectures
L'Allemagne en retard sur ses réserves de gaz : un hiver rigoureux pourrait plonger l'industrie dans la crise

L’Allemagne, qui abrite la plus grande capacité de stockage de gaz en Europe, risque de ne pas atteindre son objectif de remplissage avant le 1er novembre, mettant en péril la sécurité énergétique du pays et la compétitivité de son industrie en cas d’hiver rigoureux. Avec des stocks à seulement 51,5 % fin août – contre 69 % un an plus tôt –, le pays doit impérativement accélérer les injections pour éviter des conséquences économiques majeures.

Un objectif hors de portée sans mesures urgentes

L’Allemagne doit remplir ses installations de stockage à 70 % d’ici le 1er novembre pour respecter ses obligations légales. Pourtant, à ce rythme, le pays ne parviendra pas à atteindre cet objectif, alerte Sebastian Heinermann, directeur général de l’association des exploitants de stockage de gaz INES. Les stocks actuels, inférieurs de 45 TWh à ceux de l’an dernier, équivalent à la capacité totale de stockage de la République tchèque. Les prix élevés du gaz, dopés par la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques, rendent le stockage peu rentable pour les entreprises, qui privilégient des stratégies commerciales à court terme.

Des industriels sous haute tension

Si les risques de pénurie immédiate sont écartés, une combinaison de stocks bas, de grand froid et de perturbations d’approvisionnement pourrait contraindre l’Allemagne à importer du gaz naturel liquéfié (GNL) à des prix prohibitifs. Les secteurs les plus vulnérables, comme la pharmacie et la construction mécanique, redoutent des arrêts de production ou des coûts insoutenables. « Une pénurie physique de gaz ou une flambée des prix représenteraient une menace majeure pour l’industrie », souligne Thilo Brodtmann, directeur général de l’association VDMA. Les procédés de fabrication pharmaceutique, par exemple, dépendent d’un approvisionnement continu en gaz, difficile à substituer rapidement.

Des solutions en débat pour éviter le pire

Pour accélérer le remplissage des stocks, les acteurs du secteur proposent plusieurs leviers. L’association INES suggère de supprimer les tarifs de réseau pour le stockage et de réduire les procédures administratives, afin de rendre les injections plus attractives. Une autre piste consiste à mobiliser les capacités de stockage réservées mais inutilisées, via des appels d’offres publics lancés par Trading Hub Europe (THE). VNG, troisième opérateur du pays, propose même que l’État rémunère les énergéticiens pour garantir des volumes en réserve en cas de crise, une solution jugée moins coûteuse que des achats directs.

Vers une réserve stratégique… mais trop tard pour cet hiver

À plus long terme, l’Allemagne envisage de créer une réserve gazière stratégique de 24 TWh à partir de 2027-2028, soit près de 10 % de sa capacité nationale. Cependant, ce dispositif, encore en discussion, ne sera opérationnel qu’après 2027. En attendant, le pays mise sur ses importations via gazoducs norvégiens, ses terminaux de GNL et les livraisons de ses voisins pour couvrir ses besoins. Le ministère de l’Économie assure qu’une pénurie n’est pas attendue, mais reconnaît que des niveaux de stockage entre 60 % et 70 % – combinés aux importations – suffiraient pour un hiver moyen. La question reste : que se passera-t-il si l’hiver est exceptionnel ?

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