L’Algérie se trouve à un carrefour où la volonté de limiter les importations doit s’accorder avec la nécessité de financer d’importants projets d’infrastructure et de soutenir la production locale, alors que de nouvelles mesures administratives viennent renforcer le contrôle sur les activités industrielles.
Nouvelle gouvernance des institutions financières et industrielles
Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment renouvelé les équipes à la tête de la Banque d’Algérie, du ministère des Finances et du ministère de l’Industrie. Selon l’économiste Brahim Guendouzi, ces nominations visent à améliorer la concertation autour des projets structurants financés par le budget de l’État, tels que le pôle engrais phosphatés de Bled el Hadba, la rénovation du complexe sidérurgique d’El Hadjar et l’exploitation du gisement minier de Ghar Djebilet. Une meilleure coordination entre l’exécutif et la Banque d’Algérie est présentée comme indispensable pour gérer le déficit budgétaire, la dette publique et les réserves de change tout en soutenant la dynamique d’investissement.
Le PPI et la déclaration de production industrielle
Dans le cadre du Programme prévisionnel d’importation (PPI), le ministère du Commerce extérieur exige désormais un dépôt semestriel de documents via une plateforme numérique dédiée. Parallèlement, le ministère de l’Industrie a demandé aux entreprises de déclarer leur production physique avant le 31 août 2026, délai apparemment prolongé jusqu’au 15 septembre, afin de constituer une base de données sur ce qui est fabriqué localement, les consommations intermédiaires et le niveau d’intégration interbranches. Ces deux obligations numériques visent à offrir plus de transparence mais impliquent également un travail administratif supplémentaire pour les sociétés, en particulier les PME.
Pression administrative sur les entreprises
Les chefs d’entreprise signalent que la multiplication des formulaires à déposer mobilise du personnel et des moyens, ce qu’ils perçoivent comme un contrôle accru de leurs activités. Les autorités affirment toutefois que ces mesures visent à éviter une importation excessive qui pourrait nuire à la production nationale, tout en prévenant des pénuries préjudiciables au marché intérieur. La digitalisation des procédures est présentée comme un levier permettant d’accélérer les approvisionnements en intrants, à condition que tous les acteurs respectent les nouvelles exigences.
Financement du projet ferroviaire Alger‑Tamanrasset
Un autre dossier majeur concerne le financement de la ligne ferroviaire Alger‑Tamanrasset, longue de 2000 km. La Banque africaine de développement a déjà approuvé un prêt de 747,32 millions d’euros pour la première tranche reliant Laghouat–Ghardaïa–El Ménéa sur 495 km. Le ministère des Finances et la Banque d’Algérie devront désormais examiner avec rigueur l’état des finances publiques, la gestion des réserves de change et les conditions d’accès à ce crédit extérieur, dans le cadre du financement global du projet.
Perspectives de diversification et défis macroéconomiques
Si la bonne tenue des cours du pétrole brut et la hausse du volume des exportations d’hydrocarbures devraient améliorer les recettes extérieures en devises, l’Algérie doit néanmoins résoudre le dilemme entre importer pour répondre à la demande intérieure et protéger sa production locale. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des institutions à harmoniser les objectifs de réduction du déficit, de soutien aux investissements structurants et de simplification des obligations pesant sur les entreprises, tout en misant sur la numérique pour renforcer la transparence et l’efficacité du tissu industriel.