Le président algérien Abdelmadjid Tebboune frappe fort contre le narcotrafic en ordonnant la construction d’une prison de haute sécurité au cœur du Sahara, tandis qu’une agence spécialisée voit le jour pour traquer les barons de la drogue. Cette double offensive s’inscrit dans une stratégie nationale où répression, isolement géographique et renforcement institutionnel se combinent pour éradiquer un fléau devenu menace existentielle.
Une prison au cœur du « Désert de la Soif » pour isoler les trafiquants
Le site choisi, Tanezrouft, dans le sud-ouest algérien, incarne l’extrême isolement : surnommé le « Désert de la Soif » pour son aridité extrême, cette zone désertique offre une solution radicale aux autorités. L’objectif ? Empêcher tout contact entre les grands trafiquants incarcérés et leurs réseaux criminels, coupant ainsi les têtes des organisations. La caserne de l’Armée nationale populaire (ANP) transformée en établissement pénitentiaire accueillera exclusivement les barons de la drogue et les trafiquants de haut niveau, à l’écart du reste du système carcéral.
Une agence antidrogue inspirée des modèles étrangers
Parallèlement, l’Algérie crée une agence spécialisée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, calquée sur des structures comme la DEA américaine. Cette initiative s’ajoute à un arsenal juridique déjà renforcé : depuis 2025, le narcotrafic est considéré comme une menace pour la sécurité nationale, avec des peines pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Une stratégie nationale 2025-2029, mêlant prévention, soins et dissuasion pénale, a été déployée, avec des résultats concrets dès sa première année d’application.
Des saisies record et une répression en hausse
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, les autorités ont saisi 37 tonnes de cannabis, 1 462 kg de cocaïne, 2 037 kg d’héroïne et plus de 43 millions de comprimés psychotropes. L’ANP, désormais impliquée dans la lutte antidrogue, a arrêté 2 354 narcotrafiquants et saisi 35 tonnes de kif traité en provenance du Maroc. À titre de comparaison, les saisies de résine de cannabis atteignaient 78 tonnes sur l’ensemble du premier semestre 2013, période où l’armée venait tout juste de recevoir mandat pour intervenir directement dans ce domaine.
Un dispositif à parfaire, mais une volonté affichée
Si les modalités de fonctionnement de la future agence et le calendrier de transformation de la caserne de Tanezrouft restent à préciser, cette double mesure marque une étape supplémentaire dans l’architecture répressive algérienne. Face à des flux de stupéfiants persistants aux frontières occidentales et méridionales, Alger mise sur une approche à la fois dissuasive et institutionnelle pour briser l’emprise des réseaux criminels. Reste à savoir si l’isolement extrême et la spécialisation suffiront à endiguer un trafic en constante mutation.