Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé la création d’une prison de haute sécurité dans le désert du Tanezrouft, l’une des zones les plus hostiles de la planète, pour y incarcérer les narcotrafiquants. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l’essor du trafic de stupéfiants, alors que le pays fait face à une crise sanitaire liée à la toxicomanie. Une mesure radicale qui interroge sur son efficacité et ses conséquences.
Une prison au cœur du « pays de la soif »
Le Tanezrouft, situé dans l’extrême sud-ouest algérien à la frontière du Mali, est un désert quasi inhabité où les températures dépassent régulièrement 50°C en été. Surnommé le « pays de la soif », cette région est l’une des plus reculées et hostiles du Sahara. Le gouvernement algérien a choisi ce lieu pour y construire une prison de haute sécurité destinée aux « barons de la drogue et aux trafiquants », selon un communiqué de la présidence.
Cette localisation extrême pose des questions logistiques et humaines : comment assurer la sécurité et la gestion d’un établissement pénitentiaire dans un environnement aussi hostile ? Les autorités n’ont pas détaillé les modalités de fonctionnement de cette prison, mais l’annonce reflète une volonté de dissuasion maximale.
L’Algérie en état d’urgence face à la drogue
La décision intervient alors que les autorités algériennes multiplient les mises en garde contre l’essor du trafic de stupéfiants. En 2024, l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT) estimait à plus de trois millions le nombre de toxicomanes dans le pays, un chiffre qui illustre l’ampleur de la crise sanitaire et sociale.
Les saisies record se multiplient : le 21 août 2025, les autorités ont annoncé avoir intercepté plus de 10 millions de capsules de prégabaline, une substance psychotrope, ainsi que plus de 33 kilogrammes de cocaïne. Ces chiffres, présentés comme des records, soulignent la pression croissante des réseaux criminels sur le territoire algérien, vaste de près de 2,4 millions de km² avec 6 400 kilomètres de frontières terrestres.
Un nouvel organisme sécuritaire pour renforcer la lutte antidrogue
En parallèle de la création de cette prison, les autorités algériennes ont annoncé la mise en place d’un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue. Ce nouvel outil, inspiré de modèles existants comme la DEA américaine, vise à centraliser les efforts de répression et de prévention.
Cette initiative s’ajoute à une série de mesures déjà prises pour endiguer le trafic, mais son efficacité dépendra de sa capacité à coordonner les actions entre les différents acteurs sécuritaires et judiciaires. La question reste ouverte : une prison dans le désert suffira-t-elle à dissuader les réseaux criminels, ou cette stratégie radicale risque-t-elle de déplacer le problème sans le résoudre ?