Dans la commune rurale de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, l’agroforesterie gagne du terrain : 85 % des producteurs interrogés déclarent avoir accru leurs pratiques agroforestières ces quarante dernières années. Pourtant, malgré cette dynamique, des obstacles majeurs – financiers, fonciers et organisationnels – entravent encore son adoption massive. Une étude récente révèle les facteurs clés qui influencent cette transition vers des systèmes agricoles plus résilients.
Une adoption en hausse, mais inégale selon les profils
L’enquête menée auprès de 385 producteurs dans cinq villages de la commune de Bobo-Dioulasso montre que l’agroforesterie, qui associe arbres et cultures, séduit de plus en plus d’agriculteurs. Les données indiquent que 85,05 % des répondants ont observé une augmentation de ces pratiques depuis les années 1980, une tendance qui s’inscrit dans une volonté de concilier productivité et préservation des sols. Cependant, cette adoption n’est pas uniforme : elle dépend fortement du niveau d’éducation des producteurs, de leur appartenance à des groupements agricoles et des conditions climatiques locales.
Les résultats d’une régression logistique binaire révèlent que les producteurs ayant suivi un enseignement secondaire sont significativement plus enclins à adopter l’agroforesterie (seuil de 1 %), tout comme ceux intégrés à des organisations paysannes (seuil de 10 %). De même, les zones au climat plus humide favorisent cette transition, soulignant l’importance des facteurs biophysiques dans la prise de décision.
Des freins financiers et fonciers qui persistent
Malgré ces avancées, les défis restent nombreux. L’étude identifie deux obstacles majeurs : l’insuffisance de moyens financiers (48,40 % des producteurs) et la pénurie de terres arables (45,45 %). Ces contraintes limitent la capacité des agriculteurs à investir dans des techniques agroforestières, pourtant reconnues pour leur rôle dans la lutte contre la déforestation et l’érosion des sols. D’autres défis, moins quantifiés mais tout aussi critiques, incluent l’accès à l’eau, les politiques publiques insuffisantes et les risques sécuritaires dans certaines zones.
Vers une agriculture résiliente : quelles pistes pour l’avenir ?
Pour surmonter ces obstacles, les chercheurs appellent à une approche intégrée. Le renforcement des capacités des organisations paysannes, via des formations et un accompagnement technique, apparaît comme une priorité. Les auteurs de l’étude recommandent également de faciliter l’accès au microcrédit et de promouvoir des infrastructures adaptées, comme des mini-châteaux d’eau, pour sécuriser les ressources hydriques. Une meilleure intégration des politiques publiques, notamment en matière de gestion foncière et de soutien à l’innovation, serait également déterminante pour accélérer la transition agroécologique.
Un modèle reproductible pour le Sahel ?
Les conclusions de cette étude pourraient inspirer d’autres régions du Sahel, où la dégradation des terres et les changements climatiques menacent la sécurité alimentaire. En combinant éducation, organisation collective et appui financier, l’agroforesterie pourrait devenir un levier clé pour des systèmes agricoles plus durables. Reste à savoir si les décideurs burkinabè et leurs partenaires internationaux sauront transformer ces recommandations en actions concrètes.