Le gouvernement de Lagos compte sur les médias pour sauver son ambitieuse réforme de santé publique. L'État nigérian a lancé un programme de formation ciblé pour les journalistes, afin de transformer l'assurance santé obligatoire Ilera Eko en succès populaire.
Une réforme vitale pour 20 millions de Lagosiens
Depuis le 16 juillet 2024, l'État de Lagos impose à tous ses résidents de souscrire à l'assurance santé Ilera Eko, via un décret signé par le gouverneur Babajide Sanwo-Olu. Cette mesure phare vise à protéger les ménages des dépenses médicales catastrophiques, tout en renforçant le système de santé local. Dans une mégalopole de 20 millions d'habitants, où les coûts des soins peuvent plonger des familles dans la précarité, cette couverture universelle représente un filet de sécurité indispensable.
Les médias, alliés stratégiques contre l'ignorance et la méfiance
La Lagos State Health Management Agency (LASHMA) a identifié un obstacle majeur : l'absence d'information et la défiance des citoyens. Pour y remédier, l'agence a lancé un programme de renforcement des capacités des journalistes, leur confiant un rôle central dans la réussite du dispositif. Dr. Emmanuella Zamba, secrétaire permanente de LASHMA, a insisté sur cette responsabilité : « Les politiques publiques ne réussissent que si elles sont comprises et adoptées par les populations. Les médias doivent expliquer avec précision, démystifier les idées reçues et interpeller les institutions sur leurs lacunes. »
Les journalistes formés bénéficient désormais d'un accès privilégié aux mécanismes d'Ilera Eko, tandis que leurs familles et leurs proches sont couverts gratuitement pendant un an. Une stratégie gagnante pour ancrer la crédibilité du système dans l'opinion publique.
Un fonds d'équité triplé pour les plus vulnérables
L'État a également renforcé son engagement envers les populations les plus fragiles. Le Fonds d'équité, destiné à subventionner les soins des résidents à faible revenu, a été porté de 1 milliard à 3 milliards de nairas, financé par 1 % des recettes consolidées. Cette enveloppe supplémentaire pourrait couvrir jusqu'à trois fois plus de bénéficiaires, mais son efficacité dépendra de la capacité des médias à en informer les cibles prioritaires.
Vers une couverture universelle réaliste ?
Avec plus de 90 journalistes désormais formés depuis le lancement du programme, LASHMA mise sur une approche itérative : former, informer, puis ajuster. Le succès d'Ilera Eko dépendra moins des textes que de la confiance qu'ils inspireront. Une campagne médiatique bien orchestrée pourrait faire la différence entre une réforme inaboutie et un modèle africain de couverture santé inclusive.