Le projet d'amendement de la loi sur les tribunaux de magistrats de l'État de Lagos suscite des débats nourris. Au cœur de cette réforme se trouve la volonté d'aligner l'âge de la retraite des officiers de justice sur celui des magistrats, en le faisant passer de 60 à 65 ans, afin de parachever une politique d'harmonisation entamée en 2021.
Une continuité logique de la politique publique
Loin d'être une mesure isolée, cette proposition s'inscrit dans une stratégie globale approuvée par le gouvernement de l'État de Lagos en octobre 2021. Cette politique visait initialement à aligner les conditions de service des conseillers d'État sur celles des magistrats, incluant déjà des avantages en matière de sécurité et d'assurance. L'amendement législatif actuel est perçu par ses partisans comme l'étape finale nécessaire pour institutionnaliser cette parité, déjà en vigueur dans plusieurs autres États nigérians tels qu'Abia, Kogi, Benue, Imo et Kwara.
L'impact de la réforme des juges de la Haute Cour
La nécessité de cette mesure a été accentuée par l'amendement constitutionnel de 2023, qui a porté l'âge de la retraite des juges de la Haute Cour de 65 à 70 ans. Ce changement a mécaniquement réduit le nombre de postes vacants, privant les magistrats en chef et les directeurs juridiques expérimentés de perspectives d'avancement. En maintenant la limite d'âge à 60 ans pour ces derniers, le système risquait de perdre une expertise institutionnelle précieuse. L'extension proposée permettrait ainsi de conserver des compétences clés au sein de l'appareil judiciaire et administratif.
La question de la structure législative
Le choix d'utiliser la loi sur les tribunaux de magistrats comme véhicule législatif pour cette réforme soulève des interrogations, les officiers de justice relevant du ministère de la Justice et non du pouvoir judiciaire. Toutefois, les défenseurs du projet soulignent que les conditions de service des magistrats servent de référence technique pour l'ensemble du secteur. Si la forme juridique fait débat, l'objectif reste de préserver la mémoire institutionnelle et l'efficacité des services juridiques de l'État, tout en assurant une progression de carrière cohérente pour les cadres du droit.
La préservation de l'expertise étatique
Pour les soutiens de cette réforme, comme Evans Ufeli ou Maxwell Udoh, l'enjeu est avant tout pragmatique : l'État ne peut se permettre de se séparer brutalement de professionnels ayant accumulé des décennies de savoir-faire en matière de contentieux, de législation et de transactions publiques. Loin de créer un privilège indu, cette mesure est présentée comme un levier pour maintenir la qualité de la gouvernance juridique, à condition qu'elle soit accompagnée d'une planification rigoureuse de la relève pour les générations plus jeunes.