À Lagos, des milliers de citoyens voient leurs investissements immobiliers, écoles et commerces réduits en cendres lors de vastes opérations de démolition menées sous les lignes à haute tension. Si les autorités justifient ces mesures par des impératifs de sécurité publique, la récurrence de nouvelles constructions sur ces mêmes sites soulève des questions critiques sur la gestion foncière et la responsabilité des institutions.
Un échec systémique de la planification urbaine
Le cœur du problème réside dans la contradiction entre les politiques d'urbanisme et la réalité du terrain. De nombreux propriétaires, comme cette directrice d'école à Agbado Oke, affirment avoir obtenu des autorisations de construire officielles après avoir fait vérifier la conformité de leurs parcelles par des consultants. Pourtant, des années plus tard, ces mêmes structures sont déclarées illégales. Ce décalage suggère une faille majeure dans la coordination entre les agences de planification, les autorités locales et la Transmission Company of Nigeria (TCN), responsable de la gestion du réseau national.
Des risques réels occultés par la spéculation
Si les experts en sécurité et la TCN rappellent que les corridors de transmission doivent rester libres de toute structure pour éviter les risques d'électrocution, d'incendie ou d'effondrement, la réalité est plus complexe. Des études scientifiques soulignent l'importance de maintenir des distances de sécurité, mais le débat est pollué par la spéculation foncière. Des témoignages concordants indiquent que des terrains, une fois libérés par les bulldozers, sont rapidement réinvestis par des commerces ou des échoppes, souvent avec l'aval tacite d'acteurs locaux influents, transformant une mesure de sécurité en un cycle d'expulsion sans fin.
L'impunité des promoteurs face à la détresse des citoyens
La charge de la perte financière repose presque exclusivement sur les citoyens, qu'il s'agisse de familles ayant perdu leur logement ou d'artisans dont les ateliers ont été rasés. Alors que les autorités insistent sur le respect des zones de servitude, aucune mesure concrète ne semble viser les vendeurs de terrains frauduleux ou les agents publics ayant délivré des permis de construire illégitimes. Cette absence d'imputabilité alimente un sentiment d'injustice profonde, les victimes se retrouvant dépossédées sans compensation ni alternative, tandis que le cycle de vente de terrains « à risque » se poursuit dans l'impunité la plus totale.
Vers une nécessaire refonte de la gouvernance
Pour les observateurs, la solution ne peut résider dans la seule force des bulldozers. Une protection efficace des infrastructures critiques nécessite une transparence accrue dans l'administration des terres, une éducation publique renforcée sur les zones de servitude et, surtout, une action préventive. L'enjeu est de passer d'une logique de démolition tardive à une stratégie de contrôle strict en amont, impliquant une collaboration réelle entre les agences de sécurité, les municipalités et les gestionnaires de l'énergie pour briser ce cycle de précarité urbaine.