Face aux projets de concession de la Lagos Water Corporation, des organisations de la société civile et des représentants syndicaux montent au créneau. Ils dénoncent une stratégie de privatisation qui, selon eux, menace l'accès universel à l'eau potable et risque d'exclure les ménages les plus précaires au profit d'intérêts privés.
Des concessions de vingt ans sous haute surveillance
Le cœur de la discorde réside dans le modèle de gestion proposé par les autorités de Lagos, prévoyant des concessions de vingt ans sur sept infrastructures majeures. La coalition, emmenée par l'organisation Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA), pointe un manque flagrant de transparence. Malgré des appels répétés à la divulgation des termes contractuels, des critères d'évaluation et de l'identité des soumissionnaires, le gouvernement reste évasif. Les critiques s'inquiètent particulièrement des clauses de protection des investisseurs étrangers et des mécanismes de révision tarifaire qui pourraient alourdir la facture des usagers.
L'impasse des compteurs prépayés
L'introduction de compteurs d'eau prépayés est au centre des préoccupations sociales. Pour les militants, ce dispositif est inadapté à la réalité économique des foyers lagosiens. Contrairement à une gestion publique axée sur le besoin, le prépaiement impose une logique de marché stricte : une fois le crédit épuisé, l'accès à l'eau est coupé, sans distinction entre une fuite accidentelle ou une incapacité de paiement liée à la pauvreté. Des retours d'expérience font déjà état de dysfonctionnements techniques et de pressions insuffisantes, remettant en cause la promesse d'une meilleure efficacité du service.
Réhabiliter le service public plutôt que déléguer
Les intervenants plaident pour un investissement massif dans les infrastructures existantes plutôt que pour une externalisation. Avec une production actuelle estimée à 200 millions de gallons par jour pour un besoin dépassant les 500 millions, le déficit est structurel. Les syndicats, représentés notamment par le PERESSA, alertent également sur les conséquences sociales des restructurations passées, marquées par le licenciement de centaines d'employés. Ils préconisent des partenariats public-public et une implication directe des communautés locales dans la gouvernance de l'eau, afin de garantir que ce service essentiel demeure un droit et non une marchandise.
Une consultation citoyenne jugée insuffisante
La méfiance est renforcée par le sentiment d'une concertation biaisée. Les organisations dénoncent des ateliers de consultation organisés par la Lagos Water Corporation alors que les processus d'appel d'offres étaient déjà largement engagés. Pour la société civile, cette démarche ne constitue pas un dialogue démocratique, mais une simple formalité visant à valider des décisions déjà actées. L'enjeu est désormais de contraindre l'État à une transparence totale sur les accords passés avec des entreprises privées et à privilégier des solutions durables qui placent les besoins des citoyens au-dessus de la rentabilité financière.