Lagos face à la pression citoyenne contre la privatisation des services de distribution d'eau

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 21 lectures
Lagos face à la pression citoyenne contre la privatisation des services de distribution d'eau

La gestion de l'eau à Lagos cristallise les tensions entre les autorités étatiques et une coalition d'organisations de la société civile. Alors que le gouvernement envisage des partenariats public-privé pour moderniser ses infrastructures, les opposants alertent sur les risques d'exclusion sociale et de hausse des tarifs pour les populations les plus vulnérables.

Le risque d'une fracture sociale accrue

Pour la coalition Our Water, Our Right Africa Coalition (OWORAC), l'eau ne doit pas être traitée comme une marchandise, mais comme un droit humain fondamental. Les opposants à la privatisation craignent que des opérateurs privés ne privilégient les zones rentables au détriment des quartiers sous-desservis comme Ajegunle ou Makoko. Des recherches sur l'accès à l'eau en Afrique subsaharienne indiquent que les ménages à faible revenu, dépendants de vendeurs privés, peuvent payer jusqu'à 20 fois plus cher par unité d'eau que ceux connectés aux réseaux publics. Cette « pénalité de pauvreté » est au cœur des inquiétudes de la société civile, qui redoute que les compteurs prépayés et les tarifs commerciaux n'aggravent les inégalités existantes.

Un appel à la réhabilitation des infrastructures publiques

Face aux carences du service actuel, les syndicats et associations plaident pour une revitalisation du secteur public plutôt que pour un transfert de gestion. Ils appellent le gouvernement de Lagos à consacrer au moins 5 % de son budget annuel aux infrastructures hydrauliques, contre moins de 1 % actuellement. Les priorités identifiées incluent la réhabilitation des stations d'Iju, Adiyan et Ishasi, ainsi que l'achèvement du projet Adiyan II. Par ailleurs, des voix s'élèvent pour réclamer une enquête sur la gestion des contrats passés, pointant du doigt des projets financés par des prêts internationaux qui n'ont pas produit les résultats escomptés.

Conflits sociaux et gouvernance

Le climat social au sein de la Lagos Water Corporation est également tendu. Des syndicats dénoncent le licenciement de centaines d'employés, interprété par certains observateurs comme une manœuvre visant à rendre la structure plus attractive pour des investisseurs privés. Les organisations demandent la suspension de ces restructurations et l'ouverture d'un dialogue social. Elles proposent la création d'un conseil de l'eau incluant représentants de l'État, travailleurs et membres de la société civile, afin d'assurer une transparence totale sur les budgets et les dépenses.

Vers un nouveau modèle continental

Au-delà du cas de Lagos, OWORAC propose l'adoption d'un mécanisme continental de financement et de suivi pour l'eau et l'assainissement, en cohérence avec l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Ce modèle s'inspirerait de la Déclaration d'Abuja de 2001, qui fixait des objectifs budgétaires pour la santé. L'enjeu est de contraindre les gouvernements à une reddition de comptes rigoureuse, non seulement sur les budgets alloués, mais sur les résultats concrets en matière d'accès à l'eau potable pour les citoyens.

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