L'Agence africaine du médicament (AMA) a franchi une étape décisive dans son déploiement opérationnel en inaugurant, le 26 octobre 2026 à Kigali, ses sept comités techniques d'experts. Cette structure de l'Union africaine, désormais pleinement active, ambitionne de transformer le paysage sanitaire continental en harmonisant les réglementations et en renforçant la crédibilité scientifique des processus de contrôle des produits médicaux.
Une expertise scientifique au service de la régulation
Les sept comités nouvellement installés couvrent des domaines stratégiques allant de l'évaluation des vaccins et produits biologiques à la surveillance des essais cliniques, en passant par les dispositifs médicaux et les technologies de diagnostic. Selon la docteure Delese Mimi Darko, directrice générale de l'AMA, ces instances ne sont pas de simples structures administratives, mais le socle scientifique indispensable pour appuyer les décisions réglementaires à l'échelle panafricaine. Leur mission consiste à inspecter les sites de fabrication, évaluer les données médicales et formuler des recommandations techniques rigoureuses pour guider les autorités nationales des pays membres.
Vers une harmonisation des marchés pharmaceutiques
L'enjeu central de cette initiative est de pallier la fragmentation actuelle du continent, qui compte 55 marchés distincts. Le docteur Michel Sidibé, envoyé spécial de l'Union africaine pour l'AMA, souligne que cette dispersion limite la capacité d'investissement et de production à grande échelle. En unifiant les normes, l'agence entend créer un espace régulé propice à l'émergence de pôles d'excellence régionaux. Cette complémentarité permettrait de rationaliser les capacités de fabrication, évitant ainsi la multiplication inutile d'unités de production pour les mêmes produits.
Un levier pour la souveraineté sanitaire
La mise en place de ces comités s'inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance extérieure de l'Afrique, qui importe actuellement près de 99 % de ses vaccins et plus de 70 % de ses médicaments. L'harmonisation réglementaire portée par l'AMA est perçue comme un outil essentiel pour lutter contre les médicaments falsifiés et encourager le développement d'une industrie pharmaceutique locale robuste. L'agence précise toutefois que son rôle n'est pas de se substituer aux souverainetés nationales, mais de coordonner l'expertise pour renforcer la confiance collective dans les processus de santé publique.