L'Afrique lance sa propre agence de notation financière pour briser le monopole occidental

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 19 lectures
L'Afrique lance sa propre agence de notation financière pour briser le monopole occidental

L’Union africaine (UA) franchit une étape historique en octobre avec le lancement d’une agence de notation financière 100% africaine, une réponse directe aux critiques sur le coût élevé de la dette et la partialité des évaluations occidentales.

Une agence née de l’urgence de réduire les coûts d’emprunt

Portée par le Mécanisme africain d’examen par les pairs (APRM), une initiative soutenue par l’UA, cette agence sera officiellement lancée le 5 octobre à Maurice. Son objectif ? Évaluer la solvabilité des États africains en proposant une alternative aux trois géants mondiaux – Fitch, Moody’s et S&P Global – dont les notes sont jugées défavorables et procycliques par les dirigeants africains. Ces derniers dénoncent des downgrades trop rapides lors de crises (conflits, pandémies), aggravant les difficultés financières des pays déjà fragilisés.

Des critiques récurrentes contre le « cartel des trois »

Les accusations de partialité ne sont pas nouvelles. Depuis des années, l’Afrique dénonce un système où les agences occidentales, malgré leurs dénégations, appliqueraient des critères différents selon les régions. Les exemples de Ghana, Zambie ou Éthiopie, contraints à des défauts souverains après des emprunts massifs et des chocs externes, illustrent les limites d’un modèle perçu comme déséquilibré. L’APRM promet une approche plus contextualisée, intégrant les spécificités économiques et sociales du continent.

Vers une réforme plus large de l’architecture financière mondiale

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de l’UA pour repenser la gestion de la dette en Afrique. Parmi les mesures complémentaires : la création d’un Institut monétaire africain à Abuja fin octobre, précurseur d’une future banque centrale régionale. L’objectif affiché est double : renforcer la coordination entre les 54 États membres et réduire leur dépendance aux marchés financiers internationaux, souvent coûteux. « C’est un pas vers la réforme de l’architecture financière mondiale », souligne Paul Sikazwe, conseiller technique de la Commission de l’UA, lors d’une conférence sur la dette à Nairobi.

Un pari risqué mais nécessaire

Si le projet suscite l’espoir, son succès dépendra de sa crédibilité face aux standards internationaux. Les agences occidentales, qui contrôlent 95% du marché, pourraient tenter de marginaliser cette nouvelle venue. Reste à savoir si les investisseurs, habitués à des notations familières, accepteront de s’en remettre à une évaluation africaine. Une chose est sûre : l’UA mise sur cette agence pour redonner une marge de manœuvre à des économies asphyxiées par la dette et les chocs externes.

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