L’Afrique pourrait voir ses projets d’expansion nucléaire retardés, voire compromis, en raison d’un déficit criant de main-d’œuvre qualifiée. C’est l’avertissement lancé par la Commission ghanéenne de l’énergie atomique (GAEC), qui souligne l’urgence d’investir dans la formation de professionnels compétents.
Les faits essentiels
Lors du Sommet sur l’énergie nucléaire USA-Afrique 2026 à Accra, le président du conseil d’administration de la GAEC, le professeur Abdulai Baba Salifu, a mis en garde contre les risques systémiques liés au manque de personnel qualifié. Selon lui, la disponibilité des technologies et des financements ne suffira pas à garantir le fonctionnement sûr et durable des centrales nucléaires africaines. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) classe d’ailleurs le développement des ressources humaines parmi les 19 piliers essentiels de l’infrastructure nucléaire.
Les défis mondiaux en matière de recrutement, déjà patents, pourraient se reproduire en Afrique. Près de la moitié des entreprises nucléaires interrogées à l’échelle mondiale peinent à recruter, entraînant des goulots d’étranglement opérationnels et des retards de projets. Par ailleurs, 25 % de la main-d’œuvre nucléaire mondiale a plus de 55 ans, et les pénuries dans les rôles techniques et professionnels devraient s’aggraver de 35 % d’ici 2030. La fuite des cerveaux, alimentée par des salaires plus attractifs et des opportunités accrues à l’étranger, aggrave encore la situation du continent.
Pourquoi c'est important
La réussite des programmes nucléaires africains repose désormais sur un enjeu humain sans précédent. Sans une main-d’œuvre suffisante et bien formée, les projets de centrales pourraient accumuler des retards coûteux, voire devenir inopérationnels. Le professeur Salifu insiste sur la nécessité de créer des opportunités d’emploi locales et des parcours professionnels crédibles pour retenir les talents sur le continent. Une telle approche est indispensable pour éviter que l’Afrique ne dépende excessivement de l’expertise étrangère, souvent coûteuse et moins adaptée aux réalités locales.
L’Afrique dispose pourtant d’un atout majeur : une population jeune, dont la moitié devrait avoir moins de 25 ans d’ici 2050. Ce vivier démographique pourrait devenir un levier stratégique si les investissements dans l’éducation et la formation professionnelle suivent. Cependant, sans mesures concrètes, cette opportunité risque de se transformer en un défi supplémentaire, avec des compétences exportées vers d’autres régions du monde.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs pistes émergent pour atténuer cette crise. La première est la mise en place d’un écosystème régional de formation nucléaire, permettant aux pays africains de mutualiser leurs infrastructures, leurs expertises et leurs ressources. Une telle coopération pourrait inclure des programmes d’échange, des laboratoires partagés et des régulations harmonisées, réduisant ainsi les coûts et les délais de développement.
Un autre point critique sera la capacité des gouvernements à offrir des perspectives professionnelles stables et bien rémunérées aux jeunes formés. Sans cela, le risque de fuite des cerveaux persistera, affaiblissant les efforts nationaux. Enfin, l’évolution des politiques de financement et de partenariats internationaux sera déterminante : les projets nucléaires africains devront intégrer des clauses de transfert de compétences pour éviter une dépendance excessive envers les acteurs étrangers.