L’intelligence artificielle et la maîtrise des données s’imposent comme les nouveaux leviers de la compétitivité industrielle, mais aussi comme des enjeux de souveraineté pour l’Afrique. Une série d’interventions récentes en Europe met en lumière des stratégies que le continent pourrait s’approprier pour transformer ses industries tout en préservant son autonomie technologique.
L’IA au cœur de la refonte industrielle européenne
Lors de l’émission Tech&Co Business, plusieurs dirigeants d’entreprises européennes ont souligné comment l’intelligence artificielle et l’analyse de données redéfinissent les modèles industriels. Jean-Marie Saint-Paul, PDG de Siemens Digital Industries, a expliqué que ces technologies permettent d’optimiser les chaînes de production, de réduire les coûts énergétiques et d’améliorer la maintenance prédictive. Bruno Bouygues, à la tête de GYS, a quant à lui détaillé comment l’intégration de l’IA dans sa stratégie a permis de renforcer la résilience de son entreprise face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Ces exemples illustrent une tendance mondiale où l’IA devient un outil indispensable pour rester compétitif.
La souveraineté technologique, un impératif pour l’Afrique
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de traduire la souveraineté en actions concrètes. Philippe Rambach, chief Artificial Intelligence Officer chez Schneider Electric, a évoqué les enjeux de souveraineté liés à l’utilisation de l’IA, notamment la dépendance aux infrastructures étrangères. Julien Marcilly, président de Fives AddUp, a mis en avant la fabrication additive (impression 3D) comme une solution pour réduire la dépendance aux importations et stimuler l’innovation locale. Ces approches pourraient inspirer des stratégies africaines pour sécuriser ses industries face aux risques géopolitiques et climatiques.
Cybersécurité et résilience : les défis de l’IA en Afrique
Un autre volet crucial concerne la cybersécurité, notamment avec l’émergence de ransomwares basés sur l’IA, capables de contourner les systèmes de détection traditionnels. Pascal Le Digol (WatchGuard Technologies), Benoît Grunenwald (ESET France) et Gérôme Billois (Wavestone) ont analysé les menaces croissantes posées par les groupes cybercriminels, ainsi que les risques géopolitiques liés aux activités des groupes APT (Advanced Persistent Threats). Ces analyses soulignent l’urgence pour l’Afrique de renforcer ses capacités de défense numérique, alors que l’adoption de l’IA s’accélère sur le continent.
L’IA agentique et la transformation des fonctions clés
L’IA agentique, capable d’automatiser des processus complexes, est présentée comme un levier pour moderniser des secteurs comme les achats. Patrick Joubert (Rippletide) et Damien Ferrazzi (Koesio Asset Management) ont expliqué comment cette technologie peut optimiser les négociations, réduire les coûts et améliorer la traçabilité des supply chains. Une approche qui pourrait être adaptée aux besoins des entreprises africaines, notamment dans les secteurs miniers, agricoles ou énergétiques, où l’efficacité opérationnelle est déterminante.
Vers une stratégie africaine de l’IA et de la data ?
Les discussions récentes en Europe révèlent une prise de conscience : l’IA et la data ne sont pas seulement des outils technologiques, mais des piliers de souveraineté. Pour l’Afrique, l’enjeu est double : d’une part, développer des infrastructures locales pour éviter une dépendance excessive aux acteurs étrangers, et d’autre part, former une main-d’œuvre capable de maîtriser ces technologies. Des initiatives comme celles portées par Exaion, avec son modèle souverain, ou les solutions de Schneider Electric, montrent que des alternatives existent. Reste à savoir si le continent saura en tirer parti pour bâtir une industrie résiliente et compétitive.