L'Afrique du Sud rejette une pétition de Ghanéens à la CPI sur les violences anti-migrants

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 35 lectures
L'Afrique du Sud rejette une pétition de Ghanéens à la CPI sur les violences anti-migrants

L’Afrique du Sud a rejeté une pétition déposée à la Cour pénale internationale (CPI) par deux ressortissants ghanéens, qualifiant cette démarche d’« opportuniste ». Le document, transmis la semaine dernière au tribunal basé à La Haye, demande une enquête sur les violences récentes visant les étrangers dans le pays, qu’il qualifie de crimes contre l’humanité. Les pétitionnaires accusent les autorités sud-africaines de ne pas avoir empêché ces attaques ni sanctionné leurs auteurs.

Le ministère des Affaires étrangères sud-africain a répondu que la pétition ne répondait pas aux critères juridiques de la CPI et réaffirmé la capacité de son système judiciaire à traiter ces questions. Cette position s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes entre l’Afrique du Sud et le Ghana, ce dernier ayant été l’un des premiers pays à organiser le rapatriement de ses citoyens après les dernières vagues de protestations anti-migrants.

Les violences, qui ont poussé de nombreux étrangers à quitter le pays, s’inscrivent dans un climat de montée des tensions sociales. Des groupes anti-migrants ont fixé au 30 juin une date limite pour le départ des étrangers en situation irrégulière, entraînant des départs massifs. Selon les autorités sud-africaines, plus de 53 000 personnes ont été récemment déportées ou rapatriées volontairement. Cependant, un décompte réalisé par une agence de presse internationale, basé sur les chiffres communiqués par les gouvernements des migrants, évoque un chiffre supérieur à 160 000 départs en deux mois.

Les manifestants dénoncent la contribution des migrants à la hausse du chômage, à l’augmentation de la criminalité et à la dégradation des services publics. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a mis en garde contre l’utilisation des migrants comme boucs émissaires pour expliquer les difficultés socio-économiques du pays.

La pétition à la CPI a été déposée par deux personnalités ghanéennes : un ancien porte-parole gouvernemental en matière de gouvernance et de sécurité, ainsi qu’un analyste spécialisé dans la lutte antiterroriste. Leurs déclarations soulignent un « schéma d’attaques généralisées et systématiques » contre les migrants en Afrique du Sud, évoquant des années de violences, de meurtres et de déplacements forcés. Les auteurs appellent à une intervention de la CPI, tout en saluant les initiatives individuelles de condamnation des violences.

Le 1er juillet, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a condamné les attaques signalées contre les migrants africains en Afrique du Sud, en particulier le « traitement déplorable réservé aux citoyens d’Afrique de l’Ouest ». L’organisation a exhorté les autorités sud-africaines à agir rapidement pour mettre fin à ces violences et garantir la sécurité des étrangers.

Face aux critiques, l’Afrique du Sud a réaffirmé son rejet catégorique de la xénophobie, du racisme et de toute forme de discrimination, insistant sur le respect de la dignité humaine comme devoir constitutionnel et moral. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a reconnu les préoccupations de la population concernant la migration, tout en condamnant les attaques contre les migrants et en appelant à éviter l’autojustice.

Sur la question de la pétition à la CPI, le ministère des Affaires étrangères a réitéré la volonté du pays de « maintenir fermement l’État de droit » et de garantir que les auteurs de violences soient tenus responsables devant la justice nationale. Il a également plaidé pour des discussions élargies au sein de l’Union africaine afin d’aborder les causes profondes des migrations sur le continent.

L’Afrique du Sud, première économie du continent, attire depuis des décennies des migrants en quête d’opportunités économiques, dont certains entrent illégalement. Les autorités recensent plus de trois millions de ressortissants étrangers en situation régulière, un chiffre qui ne comprend pas les migrants en situation irrégulière.

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