L’Afrique doit passer des lois anti-corruption à leur application concrète, alerte le président du conseil de l’UA

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 32 lectures
L’Afrique doit passer des lois anti-corruption à leur application concrète, alerte le président du conseil de l’UA

L’Afrique dispose d’un arsenal juridique et institutionnel contre la corruption, mais son efficacité reste limitée par un manque criant d’application et de sanctions. C’est le constat alarmant dressé par Edem Senanu, président du conseil consultatif de l’Union africaine contre la corruption (AUABC), lors de la conférence SYPALA 2026 à Accra.

Un cadre continental solide, mais des résultats décevants

L’Union africaine a adopté des instruments majeurs pour lutter contre la corruption, comme la Convention de l’UA sur la prévention et la lutte contre la corruption, la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, ainsi que l’Agenda 2063. Des institutions comme l’AUABC et le Mécanisme africain d’examen par les pairs (APRM) ont été créées pour promouvoir la transparence et la redevabilité. Pourtant, selon Senanu, ces avancées restent largement théoriques : l’Afrique excelle dans l’adoption de lois et la création d’organes, mais échoue dans leur mise en œuvre et l’imposition de conséquences tangibles.

Un déficit de confiance qui s’étend à toutes les institutions

Les lacunes en matière de redevabilité ont des répercussions profondes. Les ressources publiques sont détournées, les services essentiels deviennent plus coûteux, et les communautés défavorisées paient le prix fort. Les données Afrobaromètre révèlent une méfiance généralisée : moins de la moitié des citoyens dans 39 pays africains font confiance à leurs présidents, leurs polices ou leurs tribunaux, et seulement 37 % ont confiance dans leurs parlements. Pour Senanu, la transparence ne suffit pas : elle doit s’accompagner de mécanismes permettant aux citoyens de comprendre les décisions, d’identifier les manquements et de voir les responsables sanctionnés.

Cinq leviers pour transformer les engagements en actions

Pour combler le fossé entre les promesses et la réalité, Senanu propose une approche en cinq étapes : engagement politique, capacité institutionnelle, pratiques concrètes, conséquences et valeur publique. Il suggère notamment la création d’un tableau de bord public de l’UA pour suivre les engagements et leur application, le renforcement de l’indépendance de l’AUABC, et l’intégration des normes de gouvernance dans les budgets nationaux. Il plaide aussi pour une meilleure protection des lanceurs d’alerte, des journalistes et des sociétés civiles, ainsi que pour l’adoption de registres de propriété effective et de systèmes de déclaration d’actifs transfrontaliers.

La jeunesse africaine appelée à devenir acteur du changement

Lors de la conférence SYPALA 2026, Senanu a placé la responsabilité de l’avenir de la gouvernance africaine sur les épaules de la jeune génération. Son message est clair : l’enjeu n’est plus de savoir si l’Afrique dispose de cadres juridiques, mais si ces cadres améliorent concrètement le quotidien des citoyens. La prochaine phase de l’intégration africaine devra, selon lui, passer par des mécanismes de vérification partagés et des sanctions visibles, afin de passer du « respect formel » des règles à leur application effective.

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