Face à l'essor de l'intelligence artificielle, l'Afrique court le risque de devenir un simple marché de consommation pour les solutions numériques étrangères. Sir Sam Jonah, figure majeure du monde des affaires, appelle le continent à transformer son modèle économique pour passer du statut d'importateur de technologies à celui de créateur de solutions locales.
Le piège de l'exportation de données
Lors d'une conférence à l'Université méthodiste du Ghana, Sir Sam Jonah a mis en garde contre la reproduction du modèle extractif traditionnel. Historiquement, l'Afrique a exporté ses matières premières pour racheter des produits finis à forte valeur ajoutée. Appliqué à l'économie numérique, ce schéma se traduit par l'exportation massive de données africaines vers des entreprises étrangères, qui revendent ensuite des services basés sur ces mêmes informations. Pour l'orateur, cette dépendance technologique est un frein majeur à la souveraineté et à la prospérité du continent.
Réformer l'enseignement supérieur
Le développement d'une expertise locale repose, selon Sir Sam Jonah, sur une refonte profonde des priorités académiques. Il exhorte les universités africaines à former une génération capable de concevoir et de coder les technologies de demain, plutôt que de se limiter à l'usage d'applications conçues à Londres ou San Francisco. L'enjeu est de doter la jeunesse des compétences techniques nécessaires pour bâtir une infrastructure numérique autonome, capable de répondre aux spécificités du contexte africain.
L'innovation au service des besoins locaux
L'exemple du mobile money illustre la capacité du continent à innover lorsqu'il s'agit de résoudre des problèmes concrets, comme l'accès aux services bancaires pour les populations non bancarisées. Sir Sam Jonah encourage les entrepreneurs à adopter cette même approche pragmatique dans des secteurs clés tels que l'agriculture, la santé, l'énergie et la logistique. Plutôt que de copier des modèles occidentaux, l'innovation africaine doit se concentrer sur les besoins des populations mal desservies par les systèmes formels.
Promouvoir l'entrepreneuriat comme moteur de croissance
Au-delà de la technique, le changement de paradigme nécessite une valorisation de l'entrepreneuriat comme voie professionnelle de premier plan. Sir Sam Jonah souligne que l'Afrique dispose des ressources et du capital humain nécessaires pour transformer son potentiel en croissance réelle. Il appelle à une culture de l'initiative où les jeunes ne se tournent plus uniquement vers la fonction publique, mais deviennent les créateurs d'entreprises et d'emplois indispensables au développement économique du continent.