La transition énergétique africaine ne peut se résumer à une simple quête de neutralité carbone imposée par des agendas extérieurs. La Professeure Fatima Denton, directrice de l'Institut des ressources naturelles en Afrique de l'Université des Nations Unies, plaide pour une transformation structurelle qui place les besoins de développement du continent au cœur des priorités.
Réconcilier accès à l'énergie et décarbonation
Pour la chercheuse, le défi africain est singulier : environ 600 millions de personnes sur le continent n'ont toujours pas accès à l'électricité. Dans ce contexte, la transition ne peut être pensée uniquement sous l'angle de la réduction des émissions. Elle doit impérativement intégrer l'expansion de l'accès énergétique, la création d'emplois et le développement économique. Professeure Denton met en garde contre l'idée d'un « saut technologique » (leapfrogging) qui ignorerait la nécessité de bâtir, en parallèle, des institutions solides et des systèmes économiques robustes capables de transformer l'innovation en bénéfices tangibles pour les populations.
Les paradoxes du modèle énergétique mondial
Lors de la 8e édition des Kwapong Lecture Series à Accra, la spécialiste a souligné les contradictions flagrantes du discours mondial sur le climat. Alors que les pays industrialisés exigent une décarbonation rapide, ils maintiennent une forte demande et une production active d'hydrocarbures. Cette réalité contraste avec la précarité énergétique africaine, illustrée par les dilemmes de pays comme le Mozambique, confrontés au choix complexe d'exploiter leurs ressources gazières pour leur développement tout en répondant aux pressions internationales.
Repenser l'exploitation des minerais critiques
L'approche actuelle des minerais dits « critiques » est également remise en question. Professeure Denton souligne que ces ressources sont souvent qualifiées de « vertes » sans considération suffisante pour les coûts sociaux et environnementaux de leur extraction. Elle pointe notamment les risques liés à l'hydrogène vert, très gourmand en ressources hydriques, et aux impacts potentiellement irréversibles de l'exploitation minière des grands fonds marins sur les écosystèmes fragiles.
Souveraineté stratégique et gouvernance
Face à des mécanismes comme les marchés du carbone, souvent influencés par des rapports de force politiques plutôt que par de simples dynamiques de marché, l'Afrique doit faire preuve de volontarisme. La directrice de l'UNU-INRA exhorte les décideurs africains à ne plus subir les définitions imposées de l'extérieur. En s'inspirant de modèles de développement industriel comme celui de la Chine, le continent doit adopter une approche holistique, impliquant le secteur privé et les communautés locales, pour transformer ses ressources naturelles en leviers de croissance durable et autonome.