Lors du 15ᵉ Forum annuel du Réseau d'Assurance Qualité de l'Enseignement Supérieur d'Afrique de l'Est à Kigali, le ministre rwandais de l'Éducation, Joseph Nsengimana, a souligné la nécessité de repenser les critères de qualité universitaire à l'heure de l'intelligence artificielle (IA). Le débat porte sur la capacité des diplômes actuels à préparer les jeunes aux métiers de demain et sur la confiance que les employeurs et les institutions accordent aux qualifications transfrontalières.
IA : redéfinir les critères de qualité universitaire
Selon Nsengimana, l'IA transforme la production, l'enseignement et l'application du savoir, imposant de nouvelles combinaisons de compétences qui n'existaient pas il y a dix ans. Il estime que l’assurance qualité ne doit plus se limiter à des inspections ponctuelles ou à la conformité à des normes minimales, mais devenir le « battement de cœur quotidien » des universités, garantissant que les diplômés restent adaptables face à l’évolution technologique du marché du travail.
Initiatives régionales : IA, data science et micro‑certifications
Le professeur Idris Rai, secrétaire exécutif par intérim du Conseil Interuniversitaire d'Afrique de l'Est, a indiqué que les établissements développent une coopération accrue en IA, data science et robotique. Un réseau régional d'IA a été lancé, accompagné d'un module fondateur destiné à offrir à tous les étudiants une littératie de base en IA. Cette démarche s’inscrit dans la reconnaissance croissante que les compétences en IA ne peuvent plus être réservées à une élite technologique.
Parallèlement, les acteurs du secteur soulignent l’importance des micro‑certifications et des parcours d’apprentissage flexibles, qui, s’ils sont reconnus à l’échelle régionale, pourraient compléter un diplôme traditionnel et répondre aux besoins d’une carrière évolutive.
Vers une zone d'enseignement supérieur commune d'ici 2030
Le forum a rappelé l’objectif de mettre en place une « Common Higher Education Area » d'ici 2030, afin de faciliter la mobilité des étudiants, des chercheurs et des diplômés entre le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda et d’autres pays de la sous‑région. Une reconnaissance fiable des qualifications permettrait, par exemple, à un parent de Kampala de faire confiance à un diplôme délivré à Kigali, ou à un employeur de Nairobi d’embaucher un diplômé de Dar es Salaam sans doutes.
Régulateurs : moderniser les outils d’assurance qualité
Edward Kadozi, directeur général du Conseil rwandais de l'Enseignement Supérieur, a insisté sur le besoin d’équiper les agences d’assurance qualité de systèmes de données intégrés, de suivi en temps réel et d’analyses prédictives. Toutefois, il a mis en garde contre les risques liés à la protection des données, aux considérations éthiques et à l’accès équitable aux nouvelles technologies.
Dans une région où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la capacité à garantir la pertinence, la confiance et la portabilité des qualifications devient un enjeu stratégique pour le développement économique et social de l'Afrique de l'Est.