Avec près de 40 % des intentions de vote en Saxe-Anhalt, l’Alternative für Deutschland (AfD) pourrait, pour la première fois depuis 1945, prendre le pouvoir dans un Land allemand. Derrière ce scrutin historique se profile l’influence d’un idéologue pro-russe, Hans-Thomas Tillschneider, dont les idées radicales pourraient redéfinir les priorités politiques de la région.
Un programme aux accents réactionnaires et anti-LGBTQ+
Si l’AfD l’emporte en Saxe-Anhalt, ce sera en grande partie grâce au programme conçu par Hans-Thomas Tillschneider, présenté comme le cerveau du parti dans la région. Ce dernier propose un virage conservateur radical, remettant en cause des décennies de progrès sociaux : retour sur les droits des femmes et de la communauté LGBTQ+, rejet de l’urgence climatique et durcissement des politiques migratoires. Les politologues locaux qualifient ce programme de « plus ouvertement extrême » jamais porté par l’AfD lors d’une élection régionale.
De Timisoara à Moscou : le parcours d’un idéologue pro-russe
Né en 1978 à Timisoara, en Roumanie, dans la minorité allemande, Hans-Thomas Tillschneider a étudié l’islam et la philosophie en Allemagne, en Syrie et en Russie. Son parcours académique, marqué par une thèse sur un juriste musulman du VIIIe siècle, lui a valu le surnom de « Dr. Extrême droite » dans la presse allemande. Mais c’est son engagement pro-russe qui le distingue : en 2022, il s’est rendu à Moscou pour manifester son soutien à Vladimir Poutine, brandissant des drapeaux russes dans l’enclave de Kaliningrad en 2024. Son programme pour la Saxe-Anhalt inclut d’ailleurs la fin des sanctions contre la Russie et un renforcement de l’enseignement du russe à l’école.
La culture comme laboratoire de l’extrême droite
Tillschneider place la culture au cœur de sa stratégie, une priorité inédite pour l’AfD dans d’autres régions. Il promet de supprimer les financements publics pour « l’art anti-allemand » – une notion floue qu’il n’a jamais définie – et cible des symboles comme le Bauhaus, mouvement architectural allemand emblématique, qu’il associe à une « modernité qui s’égare », reprenant un vocabulaire utilisé par les nazis contre cet art qualifié d’« dégénéré ». Dans l’éducation, il souhaite réduire l’enseignement sur le IIIe Reich au profit de l’histoire impériale allemande, une approche qui rappelle les nostalgies du passé impérial.
Saxe-Anhalt, un terrain d’expérimentation pour Berlin
Les experts s’accordent à dire que la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt ferait de cette région un laboratoire politique. « Le Land deviendrait un espace pour tester des mesures radicales et normaliser le discours extrémiste », explique Jan Niklas Reiche, politologue à l’université de Halle-Wittenberg. Tillschneider pourrait hériter d’un super ministère de la Culture, de l’Éducation et de la Recherche, lui offrant une tribune pour imposer ses idées à l’échelle nationale. Derrière ce projet se profile Ulrich Siegmund, tête de liste charismatique de l’AfD, dont le rôle serait de séduire l’électorat avec un discours plus accessible, tandis que Tillschneider incarnerait la radicalité idéologique du parti.