Réunis à Ouagadougou le 23 septembre 2026, les acteurs du tourisme de l'Alliance des États du Sahel (AES) ont ouvert une réflexion stratégique sur la relance du secteur. Anafi Souleymane, secrétaire général du ministère du Tourisme et de l'artisanat du Niger, a plaidé pour une approche pragmatique articulée autour de la valorisation des compétences locales et d'une communication souveraine sur les destinations sahéliennes.
Reprendre la main sur l'image des territoires
Le responsable nigérien a souligné une dépendance historique vis-à-vis des narratifs extérieurs, qui focalisent l'attention internationale sur les défis sécuritaires au détriment des richesses culturelles. Il a cité l'exemple de la ville de Zinder, pôle historique majeur, injustement classée en zone rouge par certains pays étrangers malgré l'absence d'incidents sécuritaires. Pour Anafi Souleymane, l'AES doit impérativement assumer une communication responsable, capable de distinguer les zones de tension des espaces où le tourisme demeure une réalité vivante et accessible.
Audit et valorisation du capital humain
Un paradoxe majeur entrave le développement touristique de la région : la sous-utilisation des diplômés qualifiés. Fort de son expérience institutionnelle, Anafi Souleymane a révélé qu'un vivier important de jeunes formés aux métiers du tourisme, notamment au niveau BTS et licence, se retrouve aujourd'hui en dehors du secteur, faute de débouchés adaptés. Il préconise la mise en place d'un audit rigoureux des ressources humaines disponibles et la création d'une base de données centralisée. L'objectif est de permettre aux pouvoirs publics de mobiliser efficacement ces compétences pour professionnaliser l'offre touristique.
Vers une stratégie commune adaptée aux spécificités locales
La construction d'une destination compétitive au sein de l'AES ne pourra se faire sans un diagnostic précis des réalités de chaque pays. Le représentant nigérien insiste sur la nécessité de ne pas uniformiser les politiques publiques, mais de respecter les singularités géographiques et culturelles. Qu'il s'agisse des liens historiques entre certaines régions du Niger, du Mali et du Burkina Faso, ou des proximités avec le bassin du lac Tchad, la stratégie commune devra intégrer ces nuances pour être réellement opérante. Cette démarche inclut également une réflexion sur la résilience du secteur face aux crises, tirant les leçons des difficultés financières rencontrées par les hôteliers durant la pandémie de Covid-19.