Depuis mai 2025, le gouvernement américain a intensifié ses efforts pour déporter des migrants vers des pays tiers, ciblant 49 nations africaines. Cette politique, orchestrée par l'Office of Remigration, s'appuie sur des incitations financières massives et des pressions diplomatiques pour contourner les obstacles aux renvois directs.
Une diplomatie des transferts sous haute tension
L'Office of Remigration, une structure dédiée au sein du Département d'État, mène des négociations actives avec près de la totalité du continent africain. Dirigé par Christian Ehrhardt, ce bureau de quinze personnes cherche à formaliser l'accueil de ressortissants étrangers expulsés des États-Unis. Si certains pays comme le Ghana, le Rwanda ou le Cameroun ont déjà accepté ces transferts, neuf États seraient actuellement engagés dans des discussions avancées. Ces échanges doivent se poursuivre lors de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, où des délégations africaines rencontreront les responsables américains.
Le levier financier au cœur des accords
Pour faciliter ces opérations, Washington a débloqué ou promis au moins 410 millions de dollars à 31 pays partenaires. Ces fonds, incluant 81 millions de dollars en versements directs, sont structurés de manière à s'affranchir des garde-fous habituels liés aux droits humains dans l'aide étrangère. Au Cameroun, par exemple, un protocole d'accord signé en décembre 2025 a été couplé à un programme de santé de 400 millions de dollars. Ces transferts concernent parfois des individus protégés par des décisions de justice américaines, soulevant des questions sur le respect des procédures légales.
Résistances et conséquences humanitaires
La stratégie américaine ne fait pas l'unanimité. Le Nigeria a officiellement décliné toute proposition d'accueil de migrants tiers. Pour contrer les réticences, Washington utilise des mesures de rétorsion, notamment la suspension de visas pour les ressortissants de onze pays d'Afrique subsaharienne depuis janvier 2026. Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles : plus de 25 000 personnes ont été expulsées vers des pays tiers au 31 août 2026. Dans plusieurs cas documentés, ces pays ne servent que de zone de transit avant un renvoi final vers l'État d'origine, plaçant les migrants dans une situation de précarité juridique totale, souvent sans accès à une assistance judiciaire.