Le Monténégro, qui ambitionne de rejoindre l'Union européenne d'ici 2028, fait face à un obstacle technique majeur : la traduction intégrale de l'acquis communautaire. Face à l'ampleur de la tâche et aux doutes de Bruxelles sur les délais, des options de dérogation temporaire sont à l'étude pour permettre au pays d'intégrer le bloc sans avoir finalisé la transposition linguistique de dizaines de milliers de textes juridiques.
Un défi administratif colossal
Pour devenir le 28e membre de l'UE, le Monténégro doit impérativement traduire l'ensemble de la législation européenne dans sa langue officielle. Ce travail ne se limite pas à une simple transposition textuelle ; il exige une adaptation au contexte institutionnel national et la formation d'un corps spécialisé de traducteurs et d'interprètes. La complexité est accrue par le fait que le corpus législatif européen a quasiment doublé depuis 2013, alourdissant considérablement la charge de travail pour les autorités de Podgorica.
La piste du croate comme solution de secours
La Commission européenne explore des plans de contingence, dont l'utilisation provisoire d'une langue officielle de l'UE déjà existante. Le croate apparaît comme l'option la plus crédible en raison de l'intercompréhension linguistique entre les deux langues. Toutefois, cette solution se heurte à des enjeux identitaires sensibles dans les Balkans occidentaux, le Monténégro ayant longtemps lutté pour la reconnaissance internationale de sa propre langue. Le choix final, s'il devait être imposé, pourrait raviver des tensions diplomatiques, notamment avec Zagreb, qui exprime déjà des réserves sur la qualité des traductions actuelles.
Le précédent des dérogations européennes
Bruxelles a déjà fait preuve de pragmatisme par le passé. Lors de son adhésion en 2004, Malte avait bénéficié d'une dérogation exceptionnelle de trois ans pour résorber son retard de traduction. L'Irlande a également connu des aménagements similaires pour l'irlandais. Ces précédents démontrent que la traduction intégrale de l'acquis n'est pas une condition absolue et inamovible pour l'entrée dans l'Union. Néanmoins, la situation du Monténégro reste singulière : si la souplesse administrative est possible, l'acceptabilité politique d'une telle mesure demeure le point critique à surveiller pour la réussite de ce processus d'adhésion.