Une approche coordonnée pour réduire simultanément le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique permettrait d'éviter environ 144 millions de décès prématurés d'ici 2050. Selon un rapport conjoint du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et de la Climate and Clean Air Coalition (CCAC), la mise en œuvre de 25 mesures ciblées dans les secteurs de l'énergie, des transports et de l'agriculture constitue un levier majeur pour la santé mondiale et la stabilité économique.
Un impact sanitaire et économique majeur
L'étude démontre que l'exposition aux particules fines (PM2.5) et à l'ozone, responsables de 6,4 millions de décès en 2025, pourrait être drastiquement réduite. En adoptant ces mesures, le monde pourrait prévenir des dizaines de millions de cas d'asthme infantile, de maladies cardiaques, d'accidents vasculaires cérébraux et de cancers du poumon. Sur le plan financier, chaque dollar investi dans ces interventions générerait environ 15 dollars de bénéfices économiques, grâce à la baisse des dépenses de santé et à l'amélioration de la productivité du travail. À l'échelle mondiale, ces gains pourraient représenter 2,8 % du PIB d'ici 2035.
Des bénéfices stratégiques pour le continent africain
L'Afrique figure parmi les régions où ces actions intégrées sont les plus urgentes et rentables. Avec seulement 20 % de la population ayant accès à des combustibles de cuisson propres en 2020, la lutte contre la pollution domestique est une priorité immédiate. Le rapport souligne qu'en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord, chaque dollar investi pourrait rapporter environ 11 dollars, tout en évitant des pertes économiques équivalentes à 3,5 à 4 % du PIB régional d'ici 2035. Le Nigeria est cité comme un modèle d'intégration, ayant déjà inclus les polluants climatiques à courte durée de vie dans ses contributions déterminées au niveau national (NDC).
Les obstacles institutionnels au déploiement
Malgré l'évidence des bénéfices, le rapport alerte sur le coût de l'inaction : chaque année de retard entraîne une perte potentielle de 0,5 % du PIB mondial, soit plus de 1 500 milliards de dollars. Les freins identifiés ne sont pas principalement technologiques, mais institutionnels. La fragmentation des décisions, la faiblesse de la coordination gouvernementale et le manque de capacités d'application des normes retardent le déploiement des solutions de 7,5 à 8 ans en moyenne. Pour inverser cette tendance, les auteurs appellent les gouvernements à intégrer la qualité de l'air dans leurs stratégies nationales d'investissement et à renforcer les mécanismes de financement et de surveillance.