Un accord signé en octobre entre le président Donald Trump et le Kremlin, censé permettre l’importation de diesel russe aux États‑Unis, s’avère aujourd’hui mort‑en‑fait. Les trois pétroliers qui devaient livrer la cargaison ont tous changé de destination, soulignant les contradictions entre la volonté politique américaine et le cadre juridique des sanctions.
Des navires sous sanctions, des itinéraires réorientés
Le Agioi Fanendes, pavillon maltais, était le premier à quitter la région de Saint‑Pétersbourg le 22 octobre. Initialement prévu pour le port de New York‑New Jersey, il a depuis été placé « en attente d’ordres » et a dérouté vers la Méditerranée. Le Leruo, également visé par les sanctions de l’UE, des États‑Unis et du Royaume‑Uni, poursuit sa traversée de l’Atlantique mais a officiellement annoncé une destination finale au Brésil. Le troisième navire, le Talisman, a abandonné la route transatlantique pour rejoindre les eaux méditerranéennes. Tous trois figuraient sur les listes de sanctions internationales, ce qui a compliqué la mise en œuvre de l’accord.
Le cadre juridique qui freine l’accord Trump‑Poutine
Le 9 octobre, le président Trump a annoncé que la Russie exporterait « des millions de tonnes » de diesel vers les États‑Unis afin de contenir la flambée des prix de l’essence. Le département du Trésor a publié une réglementation autorisant les entreprises américaines à acheter, importer et revendre ce carburant, malgré les sanctions en vigueur. Cependant, la loi « Ending Importing of Russian Oil Act », adoptée en 2022, exige l’accord du Congrès pour toute exemption relative au pétrole russe. Cette incompatibilité a permis aux gouverneurs, notamment la démocrate du New Jersey Mikie Sherrill, de menacer les ports d’amendes de plusieurs millions de dollars s’ils accueillaient le diesel russe.
Sanctions européennes et risques pour les acheteurs
Outre les restrictions américaines, l’Union européenne et le Royaume‑Uni maintiennent des interdictions strictes sur le pétrole russe. Toute transaction impliquant un assureur, une banque ou un autre intermédiaire européen expose les parties à des sanctions. Les analystes estiment que les acheteurs américains n’ont trouvé aucun partenaire prêt à prendre ce risque, rendant l’opération commercialement inviable. Selon Kevin Rowlands du Royal United Services Institute, l’accord, bien que toujours « en théorie », est pratiquement mort.
Un coup de théâtre politique avant les élections de mi‑mandat
Certains experts, dont Dirk Siebels de Risk Intelligence, avancent que les navires n’avaient jamais l’intention d’atteindre les États‑Unis. Leur départ était destiné à créer un signal de force pour les marchés financiers avant les élections de mi‑mandat, montrant que le Kremlin soutenait la promesse de Trump de faire baisser les prix. Une fois le scrutin passé, l’utilité de ce geste s’est éteinte, d’où le redéploiement des cargaisons vers le Brésil ou la Méditerranée. Cette manœuvre a permis à la Russie de vendre son diesel ailleurs tout en évitant un affrontement direct avec les autorités américaines.
Conséquences pour les acteurs du secteur énergétique
Le revirement des trois pétroliers illustre la difficulté de concilier décisions politiques ponctuelles et régimes de sanctions multilatéraux. Pour les États‑Unis, il évite une escalade juridique entre l’exécutif et les gouvernements locaux. Pour Moscou, il ouvre la voie à des ventes de diesel sur d’autres marchés, notamment en Amérique du Sud. Enfin, les partenaires européens voient dans cet échec une validation de leurs mesures restrictives, qui continuent de limiter les flux de pétrole russe vers l’Occident.