L'absence répétée du président nigérian Bola Tinubu à l'Assemblée générale des Nations Unies (UNGA) à New York cristallise les tensions politiques au Nigeria. Alors que le vice-président Kashim Shettima assure la représentation du pays, l'opposition dénonce une stratégie d'évitement liée à des dossiers judiciaires passés aux États-Unis.
Les accusations de l'opposition
Kenneth Okonkwo, porte-parole de la campagne présidentielle d'Atiku Abubakar, a publiquement mis en cause les motivations du chef de l'État. Selon lui, le refus de se rendre sur le sol américain serait dicté par la crainte d'une interpellation, en lien avec des allégations anciennes concernant des affaires de stupéfiants et une procédure de confiscation civile de 460 000 dollars datant de 1993. L'opposition souligne également le décalage entre les annonces initiales de l'ambassadeur du Nigeria auprès de l'ONU, Jimoh Ibrahim, qui prévoyait la présence du président, et la réalité de son absence pour la troisième année consécutive.
La position officielle de la présidence
Face à ces critiques, la présidence nigériane maintient une ligne de défense constante. Bayo Onanuga, porte-parole de l'exécutif, a précisé que les procédures judiciaires en cours aux États-Unis relèvent exclusivement du droit civil et de la divulgation de documents administratifs dans le cadre du Freedom of Information Act. Il rejette catégoriquement toute qualification de dossier criminel. Par ailleurs, le gouvernement explique que l'absence du président s'inscrit dans le cadre d'un congé de travail prolongé, durant lequel il a notamment effectué un déplacement à Paris pour des entretiens avec le président français Emmanuel Macron.
Le cadre diplomatique et sécuritaire
Sur le plan diplomatique, les autorités nigérianes réfutent toute entrave à la liberté de mouvement du chef de l'État. L'ambassadeur Jimoh Ibrahim a rappelé que les représentants des États membres participant aux activités officielles de l'ONU bénéficient de protections spécifiques en vertu de l'accord de siège de 1947 entre les Nations Unies et les États-Unis. Aucune communication officielle des autorités américaines n'a fait état de restrictions visant le président nigérian. Malgré ces garanties, le débat sur la présence internationale du dirigeant reste un point de friction majeur dans le paysage politique national, alimenté par la persistance de l'opposition à lier ces déplacements à des enjeux judiciaires transfrontaliers.