La visite non annoncée du directeur de la CIA à Moscou, mardi 25 août, a semé le trouble sur la coordination entre les États-Unis et leurs partenaires européens dans la gestion de la guerre en Ukraine. Alors que Kiev célébrait le 35e anniversaire de son indépendance en présence de dirigeants européens, Washington privilégiait un canal discret avec Moscou, alimentant les spéculations sur une possible négociation parallèle.
Un déplacement sous haute confidentialité
John Ratcliffe s’est rendu à Moscou à bord d’un avion militaire américain, atterrissant à l’aéroport de Vnukovo après une escale à Riga. Ni les capitales européennes ni les autorités ukrainiennes n’ont été informées officiellement de cette mission, contrairement aux usages diplomatiques. Le ministère letton de la Défense a confirmé avoir autorisé le survol de son espace aérien, mais sans connaître la destination finale de l’appareil. Moscou, de son côté, a nié toute rencontre prévue avec des représentants américains, tandis que Washington n’a pas confirmé le déplacement avant son atterrissage.
Un décalage révélateur avec les cérémonies de Kiev
Le timing de cette visite contraste avec les célébrations du 35e anniversaire de l’indépendance ukrainienne, marquées par la présence de plusieurs dirigeants européens à Kiev. Aucun représentant de l’administration américaine n’y a assisté, renforçant l’impression d’une stratégie américaine en Ukraine moins alignée sur ses alliés européens. Selon des sources citées par CNN, Washington aurait même demandé à Kiev de suspendre temporairement ses frappes sur le territoire russe pour faciliter la mission de Ratcliffe, une demande qui soulève des questions sur les priorités des États-Unis dans le conflit.
Un canal de communication déjà éprouvé
Cette visite s’inscrit dans la continuité des échanges réguliers entre Ratcliffe et Sergueï Narychkine, chef du renseignement extérieur russe (SVR). En avril 2025, le directeur de la CIA avait négocié la libération d’une ressortissante américano-russe, Ksenia Karelina, échangée contre un détenu. Cependant, les négociations menées par les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner pour un cessez-le-feu restent au point mort, Moscou refusant toute trêve. Le précédent de 2021, où William Burns avait alerté Moscou sur les préparatifs d’invasion de l’Ukraine, rappelle que ces canaux discrets peuvent aussi servir d’avertissement stratégique. La nature exacte de la mission de Ratcliffe cette semaine — négociation, avertissement ou simple prise de contact — reste cependant indéterminée.