Les autorités turques ont lancé une opération d'envergure nationale visant les militants et associations LGBT+, justifiée par le gouvernement comme une mesure de protection de l'institution familiale. Cette vague d'arrestations, touchant 15 provinces, soulève des inquiétudes majeures sur le respect des libertés fondamentales et l'espace accordé à la société civile en Turquie.
Une opération coordonnée à l'échelle nationale
Sous l'intitulé « Ma famille est en sécurité », le gouvernement islamo-conservateur a orchestré des descentes simultanées dans les principales villes du pays, notamment Istanbul, Ankara et Izmir. Le ministre de la Justice, Akin Gürlek, a confirmé que des poursuites judiciaires ont été engagées contre 162 suspects, incluant des militants, neuf associations et treize entreprises. Les forces de l'ordre ont ciblé des lieux de sociabilité, tels que des bars et des établissements privés, tout en procédant à des perquisitions aux domiciles de plusieurs figures du militantisme.
La criminalisation des activités associatives
L'association Kaos GL, pilier de la défense des droits LGBT+ en Turquie, se trouve au cœur de cette tourmente. Vingt-et-une personnes liées à cette organisation ont été interpellées, le parquet d'Ankara justifiant ces mesures par des accusations de diffusion de contenus jugés « obscènes ». Parallèlement, les autorités ont intensifié leur contrôle sur l'espace numérique en bloquant l'accès à de nombreux comptes sur les réseaux sociaux, dont X, Instagram et YouTube, ainsi qu'à plusieurs sites Internet, restreignant ainsi la capacité de communication des organisations de défense des droits.
Un enjeu de libertés publiques et de société
Cette offensive s'inscrit dans la « Décennie de la famille » proclamée par le président Recep Tayyip Erdogan, qui lie régulièrement la baisse de la natalité aux droits des minorités sexuelles. Si l'homosexualité n'est pas pénalisée en Turquie, cette campagne marque une rupture significative dans la gestion des libertés publiques. Quinze organisations de défense des droits humains ont dénoncé une « criminalisation d'activités légitimes », tandis que des observateurs internationaux, dont le rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, y voient une « escalade choquante » de la répression. Pour les voix critiques au sein du pays, cette politique vise à imposer un modèle social unique, au détriment du pluralisme et des engagements internationaux de l'État turc.