Le gouvernement turc a lancé une opération d'envergure nationale visant la communauté LGBT+, les militants et plusieurs structures associatives et commerciales. Sous couvert de la campagne « Ma famille est en sécurité », les autorités ont procédé à des dizaines d'interpellations, marquant une nouvelle étape dans la politique conservatrice menée par le président Recep Tayyip Erdogan.
Une opération coordonnée sur 15 provinces
Le 13 septembre 2026, la police turque a mené des descentes simultanées dans 15 provinces, incluant les centres névralgiques d'Istanbul, d'Ankara et d'Izmir. Selon les données communiquées par le ministre de la Justice, Akin Gürlek, au moins 63 personnes ont été arrêtées. Au total, 162 suspects, 9 associations et 13 entreprises font l'objet de poursuites judiciaires. Les forces de l'ordre ont ciblé des lieux de sociabilité, tels que des bars et des établissements privés, tout en procédant à des perquisitions aux domiciles de militants.
La « Décennie de la famille » comme cadre légal
Cette offensive s'inscrit dans la stratégie politique de la « Décennie de la famille », une initiative portée par le chef de l'État pour justifier une moralisation de l'ordre social. Les autorités justifient ces mesures par la lutte contre « l'obscénité » et la prostitution, des accusations que les organisations de défense des droits humains réfutent fermement. Le gouvernement lie régulièrement la visibilité des personnes LGBT+ à une baisse de la natalité, utilisant une rhétorique hostile pour stigmatiser ces mouvements, qui constituent, avec les collectifs féministes, une force d'opposition structurée face au pouvoir en place depuis 2002.
Censure numérique et réactions internationales
Parallèlement aux arrestations physiques, l'État turc a durci sa politique de contrôle sur les espaces numériques. Plusieurs sites internet ont été rendus inaccessibles, tandis que des dizaines de comptes sur les réseaux sociaux — Instagram, YouTube et Facebook — appartenant à des militants ou des associations ont été bloqués. Cette stratégie de musellement a suscité l'indignation de quinze organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, qui dénoncent une criminalisation injustifiée d'activités légales. Au niveau européen, le rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, Nacho Sanchez Amor, a qualifié cette vague de répression de « violation flagrante des droits fondamentaux », soulignant le risque d'un isolement croissant du pays sur la scène internationale.