Alors que l'administration américaine cherche activement à réduire sa dépendance envers le Canada pour ses approvisionnements en potasse, la Tunisie détient un levier économique sous-exploité à Zarzis. La valorisation des saumures de Sebkha El Melah pourrait positionner le pays comme un fournisseur alternatif sur le marché mondial des engrais.
Un potentiel industriel à réévaluer
Le site de Sebkha El Melah, riche en potassium, magnésium et brome, fait l'objet d'études historiques documentant une capacité de production industrielle de 70 000 tonnes de chlorure de potassium par an. Bien que cette donnée nécessite une actualisation rigoureuse au regard des normes environnementales et technologiques de 2026, elle constitue une base concrète pour un projet d'envergure. L'exploitation de cette ressource permettrait de transformer une richesse naturelle dormante en un actif exportable, répondant à une demande internationale en quête de diversification.
L'atout logistique et climatique de Zarzis
La région de Zarzis bénéficie d'avantages comparatifs majeurs pour structurer une filière compétitive. L'utilisation de l'énergie solaire pour les processus d'évaporation et de cristallisation offre une solution énergétique locale et durable. De plus, l'existence d'un port commercial opérationnel, habitué au traitement du vrac et doté d'une zone industrielle adjacente, simplifie considérablement la chaîne logistique. Cette infrastructure permet d'envisager un acheminement direct vers les marchés internationaux, limitant les contraintes géopolitiques qui pèsent actuellement sur d'autres producteurs mondiaux.
Un enjeu de souveraineté et de décision publique
La réussite d'un tel projet repose sur une volonté politique claire et une rigueur scientifique accrue. Au-delà des scénarios de production, qui pourraient atteindre 100 000 tonnes annuelles selon certaines projections, l'enjeu est de passer d'une exploitation théorique à une réalité industrielle. Cela nécessite la mise en œuvre rapide d'études de faisabilité, d'essais pilotes et d'une stratégie de gestion environnementale exemplaire. Pour la Tunisie, l'opportunité est double : capter des devises étrangères tout en s'insérant dans les chaînes de valeur mondiales de l'agro-industrie, à condition que l'appareil d'État parvienne à structurer ce dossier avec efficacité.