La tentative d'arrestation du député de Manhyia South, Nana Agyei Baffour Awuah, au sein même du tribunal d'Accra, a déclenché une vive controverse politique au Ghana. Cet incident met en lumière une divergence profonde entre les autorités judiciaires et le pouvoir législatif concernant l'étendue des immunités parlementaires face aux enquêtes pénales.
Divergence sur la coopération avec l'EOCO
L'ancien leader de la majorité parlementaire, Osei Kyei-Mensah-Bonsu, conteste fermement la légitimité de cette intervention. Selon lui, l'invitation initiale de l'Office des crimes économiques et organisés (EOCO) visait le cabinet d'avocats dont M. Baffour Awuah est associé principal, et non l'élu en tant que tel. Il soutient qu'une autre avocate du cabinet avait déjà collaboré avec les enquêteurs à trois reprises, déposant des déclarations formelles. Pour M. Kyei-Mensah-Bonsu, la tentative d'interpellation au tribunal, après cette phase de coopération, est injustifiée et perçue comme une manœuvre arbitraire.
La position de l'Office des crimes économiques
De son côté, l'EOCO rejette cette lecture des faits. Dans un communiqué, l'institution affirme que le député a ignoré deux convocations successives en février 2026. L'agence maintient que la tentative d'arrestation constituait une mesure légale nécessaire pour garantir la présence de l'intéressé dans le cadre d'une enquête active. L'EOCO précise toutefois avoir renoncé à l'interpellation sur les lieux pour éviter tout risque de trouble à l'ordre public, tout en réaffirmant que le statut de parlementaire ne confère pas une immunité totale contre les poursuites judiciaires.
Enjeux constitutionnels et protection des élus
Au cœur du débat figurent les articles 117, 118 et 123 de la Constitution ghanéenne, qui encadrent les privilèges des membres du Parlement. Osei Kyei-Mensah-Bonsu estime que l'action de l'EOCO porte atteinte à ces protections, notamment lorsque le député exerce ses fonctions d'avocat au sein d'une enceinte judiciaire. L'incident soulève une question de fond sur la séparation des pouvoirs : jusqu'où les organes d'enquête peuvent-ils aller pour contraindre un élu sans entraver le fonctionnement de l'institution parlementaire ? L'enquête de l'EOCO se poursuit, avec une analyse en cours des preuves vidéo de l'incident pour déterminer la suite de la procédure.