Les citoyens suisses sont appelés aux urnes ce dimanche pour trancher sur une initiative populaire visant à sanctuariser la neutralité du pays dans la Constitution. Ce scrutin, qui cristallise les tensions entre tradition diplomatique et impératifs de sécurité moderne, est suivi avec une attention particulière par Moscou.
Une volonté de verrouillage constitutionnel
L'initiative « Sauvegarder la neutralité suisse », portée par l'organisation souverainiste Pro Suisse, propose d'inscrire dans la loi fondamentale une neutralité permanente et sans exception. Concrètement, le texte interdirait toute alliance militaire, sauf en cas d'agression directe contre le territoire national, et proscrirait l'imposition de sanctions économiques, à moins qu'elles ne soient validées par les Nations unies. Cette proposition vise directement la pratique actuelle du Conseil fédéral, qui a choisi d'aligner la Suisse sur les sanctions européennes contre la Russie depuis 2022.
La flexibilité diplomatique en question
Le gouvernement suisse, soutenu par la majorité du Parlement, rejette fermement cette initiative. Les autorités font valoir que la neutralité, telle qu'elle est pratiquée depuis 1848, n'a jamais été un dogme figé, mais un outil flexible permettant de défendre les intérêts nationaux. L'historien Sacha Zala souligne d'ailleurs que cette « neutralité absolue » n'a jamais existé, rappelant que la Suisse a historiquement collaboré avec le bloc occidental durant la Guerre froide. Pour le chef de la diplomatie, Ignazio Cassis, cette capacité d'adaptation est indispensable pour garantir la sécurité du pays et maintenir son rôle de médiateur international.
Sécurité européenne et coopération accrue
Au-delà de la question des sanctions, le débat porte sur le rapprochement stratégique de la Suisse avec l'Union européenne et l'Otan. Face aux nouvelles menaces hybrides, Berne a récemment renforcé sa coopération sécuritaire avec ses voisins, une nécessité géographique selon le Conseil fédéral. Si les partisans de l'initiative dénoncent un alignement dangereux, le gouvernement maintient que cette collaboration est compatible avec le statut de neutralité armée du pays. Les sondages actuels suggèrent toutefois un rejet de la proposition, les électeurs semblant privilégier la marge de manœuvre actuelle de l'exécutif face à un environnement international instable.