La communication numérique du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye traverse une phase de mutation marquée par une autonomisation croissante de l'opinion publique. Malgré les appels au boycott lancés par le parti PASTEF, la présidence observe une progression de son audience en ligne, signalant un rééquilibrage des rapports de force sur les réseaux sociaux.
La fin de l'hégémonie numérique de PASTEF
Le paysage numérique sénégalais, autrefois dominé par la force de frappe coordonnée de PASTEF, devient un espace de plus en plus disputé. L'émergence de contre-analyses portées par des militants d'autres sensibilités, notamment ceux du mouvement Kiiraay et de l'opposition, marque la fin du monopole de la parole publique en ligne pour le parti au pouvoir. Cette diversification des voix témoigne d'une volonté d'une partie de l'opinion de s'affranchir des consignes partisanes, comme en atteste la croissance du nombre d'abonnés sur les comptes personnels du chef de l'État malgré les injonctions au désabonnement.
Les limites d'une communication axée sur le buzz
L'analyse du Dr Madior Ly, membre du Cercle des Cadres de la République des Valeurs, met en lumière les ressorts d'une stratégie numérique qui a longtemps reposé sur des réseaux coordonnés et des campagnes agressives. Ces méthodes, incluant le harcèlement de figures critiques, ont pu créer un climat de pression sociale. Toutefois, l'enseignant-chercheur souligne que cette approche, qui a souvent privilégié la polarisation entre « patriotisme » et « trahison » au détriment du débat technique, montre aujourd'hui ses limites face à une lassitude croissante des citoyens.
Le défi de la réalité économique face aux slogans
Au-delà des enjeux de communication, la fracture entre le discours en ligne et les préoccupations quotidiennes des Sénégalais s'accentue. La persistance de l'émigration irrégulière, la baisse du pouvoir d'achat et le ralentissement des investissements étrangers constituent des indicateurs de mécontentement que les outils numériques ne parviennent plus à masquer. Comme le souligne le Dr Ly, la gestion du pays exige des réponses structurelles concrètes, rappelant que la maîtrise des réseaux sociaux ne saurait se substituer à la résolution des urgences socio-économiques qui impactent directement le quotidien des populations.