La politique de tarification des licences logicielles d'Oracle fait l'objet d'un examen attentif au niveau européen. En cause : des règles de calcul qui alourdissent considérablement la facture des entreprises utilisant des bases de données Oracle sur des infrastructures cloud concurrentes.
Une disparité tarifaire au cœur du conflit
Le nœud du problème réside dans le ratio de conversion appliqué aux processeurs virtuels. Sur les serveurs propriétaires d'Oracle et son infrastructure cloud dédiée, l'éditeur applique un facteur de calcul avantageux. À l'inverse, depuis 2017, l'utilisation de la base de données Oracle Database Enterprise Edition sur les plateformes d'Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure ou Google Cloud impose une règle plus restrictive : un processeur virtuel équivaut à une licence complète. Cette disparité entraîne, dans les faits, un doublement des coûts de licence pour les clients choisissant de migrer vers ces fournisseurs tiers.
L'influence sur les choix d'infrastructure
Pour les experts du secteur, cette architecture tarifaire ne relève pas du hasard. En rendant l'usage de ses logiciels plus onéreux chez les concurrents, Oracle orienterait délibérément sa clientèle vers ses propres services. Cette stratégie est illustrée par le lancement récent d'Exadata Database@AWS, une offre hybride où Oracle propose des conditions de licence nettement plus favorables — une licence pour huit unités de calcul — que sur les instances classiques d'AWS. Cette différenciation crée une barrière à la mobilité des données et complexifie la gestion des coûts pour les entreprises utilisatrices.
L'intervention du CISPE auprès de Bruxelles
Face à ces pratiques, le Cloud Infrastructure Services Providers in Europe (CISPE), qui compte notamment OVHcloud parmi ses membres, a saisi les instances européennes. L'association dénonce un mécanisme de facturation par processeur qui s'applique à toute machine capable d'exécuter le logiciel, indépendamment de son usage réel. Depuis 2021, le CISPE plaide pour un encadrement réglementaire strict de ces méthodes, arguant qu'elles nuisent à la concurrence loyale sur le marché européen du cloud. L'enjeu pour Bruxelles est désormais de déterminer si ces politiques de licences constituent un frein abusif à l'interopérabilité et à la liberté de choix des entreprises européennes.