Le Ghana ambitionne de mettre fin au VIH en tant que menace pour la santé publique d'ici 2030, mais cette trajectoire est fragilisée par la persistance de la stigmatisation. Selon l'AIDS Healthcare Foundation (AHF) Ghana, les préjugés sociaux agissent comme un frein majeur, dissuadant les populations de se faire dépister et de suivre un traitement médical essentiel.
Un obstacle aux objectifs 95-95-95
La stratégie nationale s'aligne sur les objectifs de l'ONUSIDA, visant à ce que 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, que 95 % d'entre elles soient sous traitement et que 95 % atteignent une charge virale supprimée. La stigmatisation brise cette chaîne dès le premier maillon : la peur du jugement ou de l'exclusion sociale pousse de nombreux individus à éviter le dépistage. Sans diagnostic, la prise en charge est impossible, ce qui entrave mécaniquement la suppression virale et favorise la propagation du virus.
La stigmatisation comme enjeu de santé publique
Dr Ekua Houphouet, responsable des programmes de l'AHF au Ghana, souligne que la stigmatisation ne se limite pas à des actes de discrimination explicites. Elle se manifeste également par des regards, des commentaires ou des changements d'attitude qui isolent les personnes concernées. Ces comportements créent un environnement hostile où le patient, craignant d'être blâmé ou rejeté, préfère dissimuler son statut. Cette rupture avec le système de santé transforme un problème de perception sociale en une crise sanitaire aux conséquences collectives directes.
Vers un changement des mentalités
Pour atteindre l'échéance de 2030, l'action médicale ne suffit plus. Il est impératif de déconstruire les mythes et les stéréotypes qui entourent le virus. La responsabilité est partagée : si les institutions de santé et le gouvernement sont en première ligne, le rôle des médias et du grand public est déterminant. Une communication factuelle, exempte de jugement, est nécessaire pour instaurer un climat de confiance. L'enjeu est de permettre aux personnes vivant avec le VIH d'accéder aux soins sans crainte, condition sine qua non pour protéger la santé de l'ensemble de la population ghanéenne.