La start-up américaine Star Catcher s'apprête à tester une technologie inédite de transfert d'énergie par laser entre deux satellites en orbite. Ce projet, baptisé Protostar, vise à pallier l'absence de réseau électrique spatial, une contrainte majeure pour le développement des futurs centres de données et infrastructures technologiques extraterrestres.
Un prototype pour valider le transfert sans fil
Le projet repose sur une architecture de station-service orbitale. Le système capte l'énergie solaire via des lentilles, la convertit en faisceau laser, puis la transmet à un satellite distant équipé de panneaux photovoltaïques capables de convertir ce faisceau en électricité. Lors de la mission prévue avec SpaceX, le prototype Protostar déploiera un petit satellite (CubeSat) pour tester la précision du pointage et l'efficacité du transfert d'énergie en conditions réelles, une étape cruciale après des essais concluants au sol.
Optimiser la masse et la puissance en orbite
L'enjeu économique est de taille : dans l'espace, chaque kilogramme compte. En permettant aux satellites de recevoir de l'énergie à distance, Star Catcher espère réduire la dépendance aux batteries embarquées, permettant ainsi d'allouer davantage de masse aux instruments de calcul, tels que les GPU nécessaires aux data centers spatiaux. Cette infrastructure pourrait lever un verrou technologique majeur pour les entreprises comme Google, qui explorent la délocalisation de leurs capacités de calcul hors de l'atmosphère terrestre.
Vers une infrastructure commerciale durable
Si l'idée de centrales solaires orbitales remonte aux années 1970, elle était jusqu'ici freinée par des coûts de lancement prohibitifs. L'avènement des lanceurs réutilisables change la donne, rendant l'infrastructure énergétique permanente économiquement viable. Soutenue par 65 millions de dollars de levées de fonds et une subvention de 30 millions de l'US Space Force, Star Catcher ambitionne de fournir des services commerciaux d'ici la fin de la décennie.
Les défis techniques de la transmission laser
Malgré l'enthousiasme, des obstacles subsistent. Des chercheurs, notamment de l'Institut Max Planck, soulignent la nécessité d'améliorer le rendement énergétique, de gérer la dissipation thermique et d'assurer la précision du suivi sur le long terme. La concurrence, comme les travaux du Caltech sur les micro-ondes, explore d'autres voies, mais le laser conserve l'avantage de la compacité pour cibler des équipements de petite taille, un atout stratégique pour le déploiement d'une économie spatiale en pleine mutation.